La poète flyée du Festival Frye lance un cri du coeur au ministère de l’Éducation

Dans une lettre ouverte au ministère de l’Éducation, la poète flyée du Festival Frye, Christine Melanson, invite le gouvernement à revoir les programmes de français afin d’inclure davantage de littérature actuelle et de poésie acadienne contemporaine.

«Pourquoi ne pas présenter des modèles plus jeunes dans les écoles francophones? Des Georgette LeBlanc, des Sébastien Bérubé, voir même des Lisa LeBlanc et des Cédric Vieno», a fait valoir la jeune poète diplômée de l’école l’Odyssée à Moncton en 2011.

Depuis trois ans, Christine Melanson juge le concours de poésie pour adolescents dans le cadre du Festival Frye. Cette année, elle a reçu une trentaine de textes d’élèves des écoles secondaires francophones et anglophones.

Au fil des années, elle a noté certaines différences de styles et de sujets abordés entre les poèmes anglais et français. En anglais, les textes reflètent l’actualité, utilisent une forme moderne et offrent un point de vue d’adolescent, tandis que les poèmes français sont très loin des réalités modernes.

«Dans l’ensemble, les textes en français présentent des textes rimés, aux expressions vieillottes, très loin de nos réalités modernes. Je remarque souvent un effort pour trouver le mot qui rime au lieu de trouver le mot juste. Ainsi, le sens et la profondeur du poème sont moindres», relate la poète dans sa lettre qu’elle a partagée sur les médias sociaux.

D’après celle-ci, les poèmes français reflètent en quelque sorte le système scolaire dans lequel elle a grandi. Dans ses cours de français dédiés à la littérature, il était plus souvent question de la forme, de la structure d’un poème que du contenu et de la profondeur du texte.

«C’est une frustration qui date du temps que j’étais à l’école et ensuite à l’université. Je trouvais qu’à l’école, il y avait une grosse différence dans l’approche entre les cours d’anglais et de français. Les cours d’anglais peuvent se permettre de prendre la littérature d’un point de vue social ou d’un point de vue stylistique. Je trouvais que les cours de français étaient beaucoup plus du point de vue technique», a exprimé la poète.

Elle aurait souhaité aussi qu’on lui présente davantage d’oeuvres modernes signées par des auteurs de l’Acadie et de la Francophonie canadienne.

«Lorsqu’on est au secondaire, on veut lire des choses qui sont en vie, vivantes et qui parlent fort. Je crois qu’on écrit ce qu’on lit dans un certain sens. En tout cas, c’est vrai pour moi parce que je suis inspirée beaucoup par des textes que j’ai lus. Je crois que le ministère devrait faire plus d’effort pour diriger les lectures et s’assurer qu’il y a de la littérature qui nous ressemble et qui ressemble aux jeunes du secondaire», a-t-elle soutenu.

Cours de littérature acadienne au secondaire?

Les programmes d’étude au secondaire ne prévoient pas de cours de littérature acadienne proprement dit, bien que le ministère de l’Éducation encourage fortement les enseignants de français à inscrire des auteurs de leur région et acadiens à leur itinéraire. Un porte-parole du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance assure qu’un bon nombre de titres acadiens se retrouvent dans les salles de classe. Le choix des textes demeure à la discrétion des enseignants. Comme le souligne l’enseignant de français Justin Guitard, ils doivent initier les élèves aux genres littéraires (poésie, chanson, roman, théâtre, etc.).

«Dans les programmes d’études, on ne nous dit pas nécessairement d’utiliser tel livre ou tel auteur. C’est vraiment à l’enseignant de voir comment il veut réussir à amener l’élève à atteindre les résultats d’apprentissage. Par exemple, quand j’enseigne la poésie, je vais enseigner autant la poésie acadienne, canadienne qu’internationale, mais est-ce qu’on va passer six mois là dessus? Non, parce que mon module de poésie dure un gros mois en tout parce qu’il y a tellement d’objets à voir», a expliqué Justin Guitard qui enseigne le français 11e et 12e année. À l’école l’Odyssée, ils offrent un cours de création littéraire pour ceux qu’ils veulent approfondir leurs connaissances en littérature. Ce ne sont pas toutes les écoles qui donnent ce genre de cours.

D’après Justin Guitard, l’attirance de l’anglais est très fort en milieu minoritaire. Il rappelle que les élèves ont des modèles anglophones à la tonne, alors que souvent ils peinent à nommer un auteur francophone. Avec sa lettre, Christine Melanson espère inspirer un changement au ministère.

«Ce serait vraiment le fun qu’il y ait quelque chose qui soit mis en place afin de donner la piqûre de l’écriture aux élèves. Je crois qu’il devrait y avoir au moins un volet qui parle de littérature acadienne, celle qui est actuelle et qui ne rime pas nécessairement», a conclu la poète.