La voix des femmes doit être le choix des femmes

Comme le veut un vieil adage «pas d’imposition sans représentation». Les femmes sont sous-représentées à tous les ordres de gouvernement (tant chez les représentants élus que les hauts fonctionnaires), c’est une réalité.

Non, je ne prétends pas que les femmes ne devraient pas payer d’impôt. Ce que je dis, cependant, c’est que nous devons trouver des moyens efficaces pour garantir que les voix des femmes sont entendues par le gouvernement et que ces voix influencent les politiques publiques de façon à améliorer la vie des femmes.

Le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. n’existe plus, car le gouvernement provincial l’a aboli. Toujours est-il que le gouvernement Alward devrait prendre les mesures qui s’imposent, c’est-à-dire faire participer les femmes et les organisations féminines dans le choix du mécanisme qui sera adopté par le gouvernement pour représenter les femmes.

Le Conseil consultatif sur la condition de la femme au N.-B. avait été créé afin d’assurer une voix indépendante à financement public, laquelle représente les intérêts des femmes du Nouveau-Brunswick. Il jouait deux rôles: 1) formuler des conseils en matière de politiques gouvernementales et 2) sensibiliser la population aux enjeux qui touchent directement les femmes. Avant l’abolition du conseil, les femmes pouvaient communiquer avec l’organisme si elles souhaitaient obtenir de l’information ou formuler leurs préoccupations. Le conseil avait aussi recours à des recherches d’experts pour compléter l’information et les opinions des Néo-Brunswickoises.

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de participer à un sommet du gouvernement intitulé Voix des femmes du Nouveau-Brunswick. J’étais enchantée d’être invitée. J’étais aussi ravie de voir que, par la tenue de ce sommet, le gouvernement reconnaissait la nécessité d’une entité indépendante qui s’exprime au nom des femmes dans notre province. D’après les commentaires des participants aux activités du vendredi 4 novembre, une voix indépendante pour les femmes sera encore nécessaire pour de nombreuses années à venir, car de nombreux enjeux demeurent non résolus.

La méthode choisie par le gouvernement afin de consulter les femmes les 4 et 5 novembre laissait beaucoup à désirer. En effet, même si le sommet s’étendait sur deux jours, les participantes n’étaient pas invitées à participer aux deux journées. La première journée était réservée aux représentantes d’organismes, tandis que la seconde rassemblait les citoyennes ne représentant pas un organisme.

Le sommet visait à trouver une voix pour représenter les intérêts des Néo-Brunswickoises. Cependant, cet objectif n’était pas clair pour un grand nombre des participantes avec qui j’ai discuté. Ce qui est malheureux, c’est que le sommet ne prévoyait aucune séance plénière. Alors les participantes n’ont pas eu la chance de discuter, de délibérer et de prioriser les nombreuses options avancées afin d’aider le gouvernement à choisir le meilleur mécanisme de représentation des femmes.

Plusieurs femmes avec qui j’ai discuté après le sommet ne sentaient pas qu’elles ont eu un rôle à jouer dans le processus de consultation du gouvernement. À mon avis, le sommet constituait une première étape essentielle visant à susciter l’engagement des femmes. Il reste, par contre, encore beaucoup de choses à faire. Une autre discussion s’impose. Cette fois-ci, avec les citoyennes et les représentantes des divers organismes féminins dans une même salle. Ensemble, ces femmes discuteront et délibéreront les mécanismes possibles avancés et choisiront celui qui sera retenu par le gouvernement. Cette façon de faire est tout à fait logique. Si le mécanisme choisi par le gouvernement vise à représenter la voix des femmes, il me semble que c’est tout à faire normal que ce soit les femmes qui le choisissent. Cette démarche garantira l’appui de la population.

Le sommet Voix des femmes contraste grandement avec un autre processus d’engagement citoyen.

Il y a deux semaines, j’ai eu la chance d’entendre une allocution passionnée de Manon Massé, une activiste féministe québécoise. Lors de sa conférence, elle a expliqué pourquoi la Marche mondiale des femmes de 2000 était un si bel exemple de mobilisation internationale des citoyens.

Si la Marche mondiale des femmes ne vous dit pas grand-chose, c’était une idée lancée par le mouvement féministe du Québec qui a reçu un soutien partout dans le monde. En effet, la Marche mondiale des femmes a mobilisé d’innombrables hommes et femmes ainsi que plus de 6000 organismes communautaires venant de 65 pays. Chaque pays organisait ses propres marches. L’événement s’est terminé le 17 octobre 2000. Ce jour-là, des femmes de tous les continents – 10 000 femmes plus précisément – ont marché ensemble à New York.

Voilà un exemple d’engagement citoyen réussi.

Mme Massé a joué un rôle clé dans l’organisation de la Marche mondiale des femmes. Elle attribue une grande partie du succès de l’événement au fait que l’exercice partait de la base. Ce sont les femmes qui ont participé à définir l’événement et à en préciser les revendications. Les participants et participantes à la marche avaient deux grands objectifs: éradiquer la violence contre les femmes et la pauvreté. Comme nous le savons tous, la pauvreté touche un nombre disproportionné de femmes.

Il est vrai qu’un processus d’engagement aussi approfondi n’était pas nécessaire au Nouveau-Brunswick. N’empêche que le gouvernement aurait pu adopter une démarche plus inclusive dans l’organisation du sommet. Il aurait pu faire participer les femmes dans la planification de l’activité et faire circuler un document de consultation avant l’événement pour que toutes les participantes soient au même niveau. Selon moi, s’il avait agi ainsi, le gouvernement aurait pu éviter la confusion ainsi que les commentaires négatifs qui lui ont été adressés au terme du processus. Enfin, comme je l’ai mentionné plus haut, même si une multitude d’options de mécanismes pour représenter les femmes ont été avancées, aucun débat et aucune priorisation n’ont été faits par les participantes.

Il reste à voir si le gouvernement décidera d’engager les femmes et les organisations féminines dans l’exercice de priorisation et dans le choix du mécanisme qui représentera la voix des femmes dans cette province. Cela dit, le Comité ad hoc pour un conseil sur la condition de la femme, dont je fais partie, estime que les éléments suivants doivent absolument faire partie du mécanisme qui sera ultimement retenu par le gouvernement. Ces fonctions sont essentielles:

• Une voix forte et indépendante dans un contexte de sous-représentation des femmes au sein du gouvernement et dans une province où les femmes doivent encore lutter pour leurs droits et pour l’équité sociale et économique.
• La capacité de faire de la recherche et d’établir des liens de collaboration avec des institutions, organismes communautaires, groupes de défense de droits des femmes ou des chercheuses compétentes.
• L’accès à un numéro sans frais, permettant aux femmes d’obtenir de l’information sur les programmes et les services offerts à toutes les femmes dans la province.
• L’appui aux divers groupes de défense des droits des femmes et un partenariat avec ceux-ci.

Adopter ces fonctions garantira une juste représentation des femmes au Nouveau-Brunswick.