Accueillir l’étranger

Plusieurs communautés chrétiennes bénéficient largement de la présence des immigrants pour qui la religion est un facteur d’identification important. L’Église veut se montrer attentive à l’accueil des autres et oser des initiatives permettant leur intégration.

Fondements bibliques
La tradition biblique nous apprend quelque chose sur l’exigence de l’altérité et sur l’accueil de l’autre. Dans le récit symbolique de l’origine du monde, nous lisons qu’«il n’est pas bon que l’homme soit seul». Laissée à elle-même, la personne est en état de manque. Nous accomplir comme êtres humains, c’est accepter que nous ayons besoin des autres pour vivre. De tous les autres.

L’Ancien Testament révèle l’amour préférentiel de Dieu pour l’étranger. C’est un peuple étranger que Dieu choisit pour faire alliance: Il se tourne vers des exilés en terre d’Égypte. Cela a des conséquences sur la vie du peuple. Dieu lui dit: «Rappelle-toi que tu fus un étranger». Une exigence d’accueil de l’immigré sous-entend cette interpellation.

L’enseignement de la Bible culmine avec le message de Jésus de Nazareth. En repensant à sa vie, je pense spontanément à son refus des particularismes enfermants. Au début de son ministère, ce n’est pas vers les siens qu’Il va. Ni vers les plus pauvres d’Israël. Jésus va vers une Samaritaine, une étrangère; Il décide de transgresser les interdits sociaux et religieux qui sont générateurs de discrimination et d’exclusion.

De plus, Jésus s’est identifié aux plus petits d’entre nous (les assoiffés, les malades, les sans-abri, les étrangers, etc.). Se tourner vers eux, c’est se tourner vers Dieu (Joël 2, 12). Et voilà qu’une attente profonde du cœur humain est comblée.

En allant vers ceux qui ont besoin d’être secourus et accueillis, nous allons à la rencontre de Dieu lui-même. C’est là qu’Il se cache. Ceux qui portent le nom de chrétiens sont aussi appelés à prendre ce chemin vers les étrangers. Les accueillir répond à une exigence chrétienne.

Défis à surmonter
Vivre ensemble dans le respect de nos différences est une conquête et un défi constant. Parce que la peur de la différence nous guette constamment. Bien qu’il soit normal en un premier temps de craindre la différence et de vouloir garder à distance ce qui est étranger, il y a une autre norme, une façon de faire les choses autrement qui correspond à ce que la Bible enseigne.

Cette peur de la différence devrait nous mettre en garde contre notre tendance parfois à l’ethnocentrisme: nous avons trop souvent tendance à définir le vrai et l’utile à partir de nos propres valeurs. Jésus nous apprend ce que ça veut dire accueillir l’autre: c’est se dépouiller de ses propres certitudes et du souci de soi-même pour aller sur le terrain de l’autre. Si on veut que l’autre se sente véritablement accueilli, il faut parcourir autant de chemin (à l’intérieur de soi) que lui-même en a parcouru pour se rendre jusqu’à nous.

L’accueil, c’est un service rendu à l’autre. Mais c’est aussi un service rendu à soi. L’accueil de l’autre nous permet d’apprivoiser cette part d’étrangeté qui nous habite. Nous ressentons parfois (souvent avec étonnement!) qu’il y a une part d’étrangeté en nous: «Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas: car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais» (Rom 7).

L’immigration francophone est une force en Acadie! Elle est aussi un défi lancé à chacun. En accueillant l’autre avec ses différences, nous nous ouvrons à une autre façon de voir le monde et de vivre. Cela ne peut que nous enrichir… personnellement et collectivement!