S’entraîner à la prière

Le carême dure 40 jours. Et même plus si on ajoute les dimanches et les Jours Saints. Mais le nombre importe peu. Ce qui compte, c’est la valeur symbolique des 40 jours: les 40 jours au désert du Christ, les 40 ans du peuple choisi à marcher vers la Terre Promise, les 40 jours du déluge, etc.

Quarante jours, c’est suffisant pour prendre une habitude, la faire sienne et l’adopter par la suite. C’est pourquoi le carême n’est pas une parenthèse pour adopter un style de vie qu’on laisse de côté dès le matin de Pâques. C’est l’occasion de choisir un style de vie (qui représente un défi pour l’intégrer pleinement) et pouvoir y rester fidèle une fois l’entraînement terminé.

Or, adopter un style de vie nécessite un véritable entraînement comme ceux qui s’engagent à courir un marathon. Saint Paul ne compare-t-il pas la vie chrétienne à une course? (2 Tim.)

Dans la vie chrétienne, il y a un chemin que l’on croise un jour ou l’autre. C’est le chemin de la prière. C’est un chemin classique et balisé que plusieurs ont emprunté avant nous. Pour intégrer la prière dans sa vie, on peut s’inspirer des étapes d’un entraînement physique.

Début de l’entraînement
Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent qu’enfant et adolescent, je n’étais pas un grand adepte des activités sportives. Je n’ai pas passé mes heures de dîner au gymnase, ni mes week-ends dans les arénas. Voilà qu’un jour, un ami m’invite à commencer à courir avec lui. Je n’étais pas doué, mais j’ai accepté sachant les bienfaits que je pourrais en retirer.

Pour la prière, presque la même chose m’est arrivée: quelqu’un me dit un jour que la prière pourrait m’aider à grandir. En plus, j’avais vu des gens prier, et j’avais eu le goût d’acquérir leur paix et leur confiance.

Voilà le commencement. Tout part d’une invitation. Ou d’une inspiration. Peu importe. Il y a le désir en soi de faire quelque chose de neuf, de différent, d’exaltant!

Les difficultés du commencement ne tardent jamais. Lorsque j’ai commencé à courir, un kilomètre me semblait énorme. Et je n’éprouvais aucun plaisir à courir ainsi. Ce que j’éprouvais, c’était en fait quelques douleurs musculaires.

Pour la prière, les premiers pas sont aussi difficiles. Au début, on ne semble pas être récompensé pour nos efforts. Ici aussi, c’est difficile et fatiguant de rester là sans rien faire, à fixer son regard sur une image sainte ou un paysage. On a l’impression de perdre son temps.

Les efforts récompensés
Avec le temps, après la persévérance des débuts, le corps répond mieux à l’entraînement. Les efforts d’autrefois sont plus faciles. C’est moins éprouvant physiquement. Le plaisir est là. Ce qui semblait une distance infranchissable semble maintenant trop court. On veut en faire plus. On veut s’en imposer davantage.

Idem pour la prière. Après un certain temps, rester là et demeurer en Dieu n’est plus perçu comme une exigence qui pèse, mais comme une discipline qui apaise. On découvre alors les bienfaits de la prière. La fidélité est récompensée: quelqu’un parle à notre cœur et notre âme est en paix. Le temps s’écoule plus vite, il paraît même trop court.

Pour une couronne de gloire
Pour persévérer dans la prière comme dans le sport, des éléments peuvent aider. Il y a d’abord la présence des autres. Lorsqu’on s’entraîne avec quelqu’un et qu’on se fixe un rendez-vous quotidien, il est plus difficile de l’annuler (afin de respecter notre parole) que si on s’entraîne seul. Il en va de même pour la prière: celle qui est de nature communautaire nécessite ma présence, sans quoi quelqu’un manque pour la motivation et le soutien des autres.

Dans la course comme dans la prière, on apprend que la simplicité des moyens est utile. Il est difficile de courir de longues distances si on a de l’équipement ou des bagages lourds à porter. En simplifiant notre matériel, en nous débarrassant de tout ce qui peut freiner notre course, nous ne sommes pas distraits de tant de choses qui ne sont pas nécessaires pour avancer d’un pas léger et avec un cœur libre. Pour la prière, quelques mots simples suffisent parfois: Jésus… ma joie… mon espérance… ma vie…

Un autre élément de persévérance, c’est une direction qui donne sens aux efforts. Les sportifs savent qu’un objectif qu’ils se fixent est un puissant motivateur. Courir pour entraîner son corps à pouvoir franchir la distance de 10 km (ou 21, ou 42!) est plus stimulant. Sans but, difficile de persévérer.

Saint Paul invite à «courir pour remporter le prix» (I Corinthiens) de la paix et de la joie du cœur. Pour remporter ce prix, un entraînement s’impose. Qui dit entraînement dit combat et discipline, mais aussi joie et satisfaction. Bon carême!