Membre du groupe Acadie Média|Mardi 23 septembre 2014
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Le 8 mars de l’an 30 

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L’Église ne doit pas être en marge de cette réflexion. Elle doit, elle aussi, voir ce qui peut être fait en son sein et ailleurs pour que les femmes soient considérées selon leur dignité foncière. La réflexion doit aussi s’accompagner de changements.

Dans des chroniques antérieures, j’ai déjà parlé du rôle de l’Église dans la cause féministe, de la place des femmes dans la vie de l’Église et des chemins à emprunter pour une réelle collaboration entre les deux sexes dans l’organisation ecclésiale.

Je ne reviendrai pas sur ces propos. Je me limite ici à regarder la place des femmes dans la première Église, c’est-à-dire au sein du groupe des premiers disciples du Christ. Parce que le regard que Jésus pose sur les femmes de son époque et la place qu’Il leur donne parmi ses proches a de quoi inspirer nos démarches, parfois bien timides en comparaison de son audace.

Relevée!
À l’époque de Jésus, deux catégories de gens ne recevaient aucune considération (ou si peu): les femmes et les enfants. C’est toujours choquant pour nous d’entendre le nombre de la foule que Jésus avait nourrie dans le désert: «Cinq mille (5000) hommes sans compter les femmes et les enfants»! On voit bien qu’on ne dénombrait pas ces derniers, parce qu’ils ne comptaient pas dans la vie publique. De plus, ils n’avaient aucun droit civique.

Les femmes étaient souvent méprisées, toujours dépendantes des hommes. Elles ne s’appartenaient pas vraiment. Dans l’Évangile, la femme courbée qui ne pouvait plus se redresser n’est-elle pas le symbole de la femme écrasée sous la domination de l’homme?

Jésus la remarque. Il va vers elle et la guérit. Elle devient alors le symbole de la femme libérée et rendue à sa dignité. Et voilà que le chef de la synagogue (un homme!) s’indigne de cette guérison parce qu’elle a été faite un jour de sabbat. Cela ne va pas faire entrave à la révolution de l’amour commencée par le Galiléen.

Tout au long de son ministère, Jésus entend le cri des femmes qui demandent à être guéries. Il va vers celles qu’on mettait de côté. Jésus montre bien que la tendresse de Dieu est destinée à elles aussi. Le 8 mars, Jésus l’a vécu bien avant nous, dès le début de son ministère public (qu’on situe aux alentours de l’an 30).

La vocation avant la fonction
Si Jésus va vers les femmes et se fait proche d’elles, ce n’est pas simplement pour les services d’ordre domestique qu’elles pourraient lui rendre, à lui et à ses disciples. Pour Jésus, la libération n’a pas d’abord une fonction utilitaire. On le voit lors de sa visite chez Marthe et Marie. On a parfois vu dans ce récit la supériorité de la contemplation sur l’action. Éloi Leclerc en fait une autre exégèse que je trouve d’un grand intérêt.

Pour lui, le dévouement de Marthe est exemplaire: lorsque Jésus entre dans la maison, elle s’empresse de bien servir son hôte, rentre dans la cuisine et se met à préparer des plats. On pourrait dire qu’elle se conforme à l’idéal de la femme de maison, servante et responsable de l’hospitalité. Or, Jésus refuse d’enfermer la femme dans ce rôle. Il ne méprise pas la valeur de ces tâches, mais il y a plus.

Jésus n’est pas allé chez Marthe et Marie uniquement pour se faire servir et recevoir un bon repas. Il est aussi allé leur apporter quelque chose. Il leur apporte un regard nouveau: pour lui, la femme n’est pas une fonction, mais une vocation. Il veut rendre la femme libre afin qu’elle découvre en elle sa propre mission.

Jésus ne veut pas que quelqu’un ou quelque chose d’extérieur à la femme lui dicte son engagement. Simonne de Beauvoir dira quant à elle: «On ne naît pas femme, on le devient.» En ouvrant pour la femme un chemin de liberté, Jésus permet à Marie et à toutes les autres d’engager leur propre histoire.

Il les envoie en mission
Parmi les nombreux autres passages évangéliques au féminin, on voit le rôle des femmes dans les récits des commencements de l’Église. La préparation du tombeau par les femmes, l’apparition du Ressuscité à Marie-Madelaine le premier jour de la semaine, l’attente de Marie au Cénacle sont autant d’épisodes qui montrent clairement que Jésus a voulu associer des femmes à l’œuvre d’évangélisation.

Les premiers chrétiens ont été fidèles à ce désir. Des femmes collaborent avec Paul et Barnabé dans l’organisation de l’Église naissante. Ces hommes ont été jusqu’à la frontière de ce qui était admissible selon les mœurs de l’époque. Si on transposait leur audace aujourd’hui, peut-on imaginer qu’ils iraient plus loin que là où nous sommes?

Un survol des Évangiles montre bien que Jésus est venu renverser l’ordre établi. Il n’agit pas avec violence, mais il révolutionne les rapports sociaux en s’approchant des femmes, en les accueillant et en leur rendant une dignité à laquelle elles ne croyaient plus. Il est venu mettre tout à l’envers (ou à l’endroit). Comme l’écrit mon amie Marie-Pierre: «Jésus a renversé bien des choses pour mettre à l’endroit ce que nous avions compris de travers.»

Ne pourrions-nous pas en faire autant? Ne devrions-nous pas en faire autant?