Votre vie privée et le gouvernement canadien

Au premier coup d’œil, j’ai cru que le «gouvernement Harper» (ce qu’ils demandent de l’appeler au lieu du gouvernement canadien) manquait de constance ou avait fait un faux pas avec le projet de loi sur l’espionnage sur Internet. Pensez-y bien.

Vous vous souviendrez que le gouvernement a aboli le long questionnaire de recensement et éliminera sous peu le registre des armes à feu, par souci de notre vie privée. Maintenant, ils proposent (les membres du gouvernement) une loi qui donne au gouvernement de grands pouvoirs pour épier les Canadiens qui utilisent Internet.

J’ai pensé que c’était contradictoire et illogique. Y avaient-ils vraiment pensé? Ce n’est pas logique. Ce n’est pas logique, mais ce n’est pas notre point de vue. Le gouvernement ne tente pas d’avoir du sens. Il a un ordre du jour à compléter.

Ils n’ont pas besoin de faits. C’est pourquoi le long formulaire de recensement était inutile pour eux. Ils n’ont pas besoin d’identifier un problème pour chercher une solution et c’est pour cette raison qu’il n’importe pas que le taux de criminalité baisse depuis des décennies et que les Canadiens disent se sentir en sécurité. En bref, nous obtenons plus de prisons, que nous les voulions ou non.

Ils n’ont pas besoin de savoir si quelque chose fonctionne pour l’adopter et c’est pourquoi les sentences minimales seront imposées. Puisque nous avons plus de prisons, il faut bien les remplir.

Ils ont une liste de choses à accomplir et on ne peut en discuter. Par exemple, lorsque le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a dit lorsqu’il est devenu agacé par le processus démocratique (il devait répondre aux questions des autres députés au sujet du projet de loi), il a tenté de réduire les débats en disant que les gens peuvent «nous appuyer pour ce projet de loi ou appuyer les pornographes infantiles».

Vous connaissez le genre. «Il n’y a que mon opinion qui compte.» On les rencontre habituellement dans un mauvais mariage, un mauvais emploi, un état policier ou une cour d’école, mais pas au Parlement.

Évidemment, Harper et Toews visent plus que ce qui se trouve sur Facebook parce que j’ai toujours cru que j’en apprenais bien plus que je voulais quand je visitais les pages de Facebook. Il est possible que ce soit parce que personne ne veut être leur ami sur Facebook.

Le projet de loi sur l’espionnage sur Internet est devenu une grande farce qui s’est jouée à travers le pays. Tout d’abord, M. Toews lui a donné le nouveau nom de Loi sur la protection des enfants contre les prédateurs en ligne, afin que personne n’ose s’y opposer. Les mots enfants et prédateurs se trouvent uniquement dans le titre de la loi.

Le monde en ligne a eu bien du plaisir à imaginer d’autres titres démagogues pour les lois de Harper. «La Loi sur la protection des chatons contre les salopettes» pour améliorer la sécurité sur les fermes. «La Loi sur la protection du toit de verre parlementaire contre la première pierre.»

C’est à la fois drôle et terrifiant. Si elle est adoptée, la Loi sur l’espionnage sur Internet serait une invasion massive de la vie privée des gens.

Le projet de loi illustre un gouvernement frustré par le processus juridique. La loi proposée donnerait un accès illimité et injustifié à vos données personnelles en ligne. Votre fournisseur de services Internet devra donner aux enquêteurs vos renseignements personnels en ligne sans mandat et sans même à avoir à vous le dire.

Il est devenu évident très rapidement que Vic Toews n’avait pas lu le projet de loi qu’il présentait en Chambre. Il a éventuellement convenu de considérer des modifications au projet de loi. Non, M. Toews, ceci ne signifie pas que vous appuyez les pornographes infantiles. Les pouvoirs énormes accordés par le projet de loi dans sa forme actuelle sont la source de bien des rires sur Internet. Il y a la page Twitter «#TellVicEverything». Après quelques semaines, il connaissait toujours autant de succès. Des milliers de Canadiens s’assurent que Vic Toews reçoit toute l’information qu’il semble vouloir recevoir. Comme l’un des premiers contributeurs à cette page l’a si bien dit, «c’est soit que vous #TellVicEverything ou que vous appuyez la pornographie infantile». Voici certains de mes tweets préférés:

«J’ai utilisé du lait de soja sur mes céréales parce que j’étais trop paresseux pour aller au magasin. J’espère que ceci aide la lutte contre la pornographie infantile #TellVicEverything.»

«Oups! J’ai effacé un courriel par accident. Puis-je avoir ta copie @ToewsVic?»

«Tu es si égocentrique que tu penses que ce courriel est à ton sujet @ToewsVic»

Le député Justin: «Pendant la période des questions, John Baird est passé tout près et je lui ai demandé de dire à Vic Toews que je devais aller aux toilettes. Il ne savait pas que nous TellVicEverything. Maladroit.»

C’est une façon passive et agressive de répondre à un politicien qui ne démontre aucun respect pour les Canadiens et les systèmes canadiens. Selon un tweet de l’auteure Margaret Atwood, «Au moins, nous avons la chance de rire, mais là vraiment rire de la politique canadienne».

Un député de l’Île-du-Prince-Édouard a ensuite demandé en Chambre la liste de tous les sites web visités par Vic Toews sur les ordinateurs, téléphones mobiles et autres dispositifs.

Nous avons un gouvernement qui aime nous diviser. Aux dires du sénateur conservateur Lowell Murray qui prend sa retraite, «c’est le premier gouvernement qui démontre son intention de diviser les gens par ses actions et qui cherche à opposer les gens entre eux».