Les vieilles et les nouvelles veines

Chez les militants de la cause acadienne de ma génération, les « baby boomers », une inquiétude pointe quant à la relève qui devrait se préoccuper de l’avenir des droits collectifs de la communauté acadienne. Est-ce un fait ou la manifestation d’une nostalgie pour l’époque des grandes luttes acadiennes de la fin des années 60?
Comme le notait l’historien Maurice Basque dans notre édition du 10 mars, portant sur les grandes luttes acadiennes (1), si au cours des ans la communauté acadienne a su gagner des acquis, la lutte n’en est pas pour autant finie. Son exemple, sur la place du français dans l’espace public, est bien vivant dans le dossier, par exemple, de l’affichage et la contestation judiciaire dont il est l’objet par des sociétés commerciales d’affichage public.
C’est certain, les méthodes ont changé.  L’espace public ne se limite plus à la rue.  L’information n’est plus seulement diffusée dans le journal, à la radio et à la télévision. Ce sont des évidences, bien sûr. Pour certains, toutefois, ces éléments ne semblent pas alimenter l’analyse de la sensibilité et de la volonté des jeunes à défendre leurs droits collectifs civiques et linguistiques.
Il faut aussi noter que l’encadrement des droits de la communauté acadienne est beaucoup plus robuste : les lois fédérale et provinciale sur les langues officielles, la Charte canadienne des droits et libertés, bien qu’imparfaites, constituent des outils concrets de protection. Au moment des grands mouvements de lutte, la communauté acadienne ne disposait pas de ces outils, d’où la vigilance et la lutte de tous les instants.
Cela dit, il faut convenir que l’existence même de ces outils peut créer un danger : un sentiment de sécurité absolue. Depuis quarante ans, les cas où les droits de la communauté acadienne n’ont pas été respectés font légion. C’est sur le terrain du respect de ces droits, de l’utilisation systématique des outils offerts par les lois et la Charte que la vigilance citoyenne reste nécessaire.
L’environnement médiatique moderne permet à la jeunesse, la relève, de vérifier rapidement et d’être informé de ses droits et des outils de protection à la disposition des citoyens.
J’espère que le texte de Marie-Michèle Doucet (2) publié ce matin dans l’Acadie Nouvelle rassure, dans une certaine mesure, les gens qui seraient enclins à penser que la jeunesse n’est ni préoccupée, ni informée sur les enjeux sociopolitiques de la communauté acadienne.
Dans le dossier des droits linguistiques et civiques de la communauté acadienne, il on assiste non seulement à l’émergence de sang nouveau, mais aussi de nouvelles veines : il y a bel et bien des jeunes qui s’impliquent, mais ils choisissent de nouveaux moyens pour véhiculer leur action.
 

(2)Pour ceux qui aurait raté le texte de Madame Doucet, lisez-le à : http://www.capacadie.com/opinions/2012/3/19/les-jeunes-et-les-grandes-luttes-acadiennes