La volonté anachronique

 C’est un membre du groupe de discussion sur Facebook, Marc Chops Arsenault de L’incubateur de l’esprit critique acadien, qui a attiré l’attention sur un commentaire choqué et choquant publié par un journal web de Moncton.

Le commentaire anonyme publie une traduction en anglais du projet de modification de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, signé par les organismes acadiens. Ce n’est pas, bien sûr, la publication traduite du texte qui est choquante, mais bien le commentaire qui le présente. Le document signé par les organismes acadiens est qualifié par l’auteur anonyme de « Manifeste de francisation » (Frenchification Manifesto). (1) L’auteur invite au soulèvement de la population anglophone pour crier « C’est assez! »
Pourquoi? Parce que tant la loi actuelle que le projet de réforme de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick représente, au yeux de l’auteur, une menace imminente pour nos concitoyens anglophones de la province : la francisation complète du Nouveau-Brunswick qui forcera les unilingues anglais de la province à s’assujettir soit à un « génocide culturel et linguistique » ou à quitter la province. Il ne s’arrête pas là. Le plan à long terme de la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick, toujours selon l’auteur anonyme qui s’est donné le nom de plume Robert K. Monckton de Monckton, est de provoquer un exode massif des anglophones du Nouveau-Brunswick pour que les francophones deviennent majoritaires dans la province! On ne manque pas d’imagination chez les francophobes!
En faisant une recherche sur Robert K. Monckton, j’ai abouti sur un site : topix.com, où ce même personnage, dont l’avatar est une illustration d’un soldat britannique du temps de la déportation, implorait l’an dernier les résidents de Moncton à réclamer que l’épellation de la ville soit changée pour inclure le « K ». (2) Je suis également tombé sur un commentaire de l’an dernier où on peut lire que les nombreux francophones abonnés au Times and Transcript désiraient, s’ils avaient le choix, que la langue de choix soit l’anglais! On retrouve ces commentaires à la suite de réaction sur la nouvelle de CBC à l’effet que le gouvernement provincial viendrait au secours de l’Acadie Nouvelle… (3)
Plus de quarante ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles, trente ans (demain) après l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés, l’opposition aux droits et privilèges de la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick est toujours bien vivante. Bien qu’anachronique, à mon point de vue, la volonté de retourner à l’unilinguisme alimente vigoureusement le sentiment que nos droits collectifs personnifient une menace pour nos concitoyens anglophones. Si je ne l’avais pas lu, je ne le croirais pas. Quelle naïveté!
 
(1)Le commentaire intégral peut être lu à : http://metromonctonnews.com/category/5-opinion/