Assad gagne, la Syrie perd

«Nous, les groupes terroristes armés soussignés, promettons, par la présente, de cesser toute violence en Syrie et remettons toutes nos armes au régime syrien. Nous n’exécuterons plus les ordres d’Israël, des États-Unis, du Qatar et de l’Arabie saoudite qui ont financé notre campagne de terrorisme armé contre le peuple syrien. Amitiés, les terroristes de l’Armée libre syrienne.»

Aussitôt que le régime de Bashar al-Assad en Syrie aura des «garanties écrites» de la reddition des «groupes terroristes armés», a annoncé le ministère syrien des Affaires étrangères le 8 avril, il respectera sa promesse de retirer ses tanks et son artillerie des villes syriennes rebelles. Je regrette; non, il y a plus. Le régime veut aussi des garanties comme quoi les gouvernements du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie s’engagent à cesser de financer les groupes terroristes armés».

Les Nations Unies et la Ligue arabe pensaient qu’elles avaient une entente. Le gouvernement syrien avait promis au médiateur, l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, qu’il enlèverait toutes ses armes lourdes des villes rebelles de Syrie pour le 10 avril et qu’il accepterait un cessez-le-feu complet pour le 12 avril. Mais Damas annonça alors que la communauté internationale «avait cru à tort» que le gouvernement retirerait vraiment ses troupes.

«Jusqu’à maintenant, Kofi Annan n’a pas donné au gouvernement syrien des garanties écrites quant à l’acceptation des groupes terroristes armés d’arrêter toute forme de violence et d’être prêts à remettre leurs armes pour que l’autorité de l’État se répande sur tout le territoire», lisait-on dans le communiqué gouvernemental. En d’autres mots, aussitôt que la faction prodémocratie se rendra sans condition, «la paix» – c’est-à-dire, la tyrannie du régime Baath – sera rétablie.

Kofi Annan, les Nations Unies et la Ligue arabe faisaient de leur mieux, mais, sans aucun pays membre prêt à employer la force militaire contre la Syrie, ils n’avaient pas la moindre influence. Si vraiment Bashar al-Assad retirait toutes ses troupes des villes syriennes, elles tomberaient immédiatement dans les mains de l’opposition. Évidemment, il ne fera pas ça.

Les membres seniors des Nations Unies et de la Ligue arabe qui approuvèrent l’entente espéraient mettre fin au moins à l’emploi de la force massive du régime contre la population civile. Évidemment, Assad n’allait pas docilement renoncer au pouvoir, mais plusieurs vies innocentes seraient épargnées si on pouvait le convaincre d’arrêter d’envoyer les tanks et l’artillerie contre les villes. Probablement qu’il continuerait de tuer ses opposants à une échelle réduite, mais les tueries en masse cesseraient.

Toutefois, Assad accepta, en premier lieu, la proposition des Nations Unies parce que la Russie et la Chine avaient besoin d’une couverture diplomatique si elles devaient continuer à opposer leur veto à toute action du Conseil de sécurité contre la Syrie. Mais, de toute façon, il se trouve qu’aucun pays n’est prêt à payer le prix en vies humaines dans une intervention militaire en Syrie. Alors, peu importe ce que dit le Conseil de sécurité – et emprunter une stratégie qui projetterait une image de faiblesse coûterait cher au régime.

Réprimer le soulèvement à raison d’un meurtre à la fois, avec les services de renseignements et de «forces spéciales» manoeuvrant dans des régions urbaines hostiles, leur coûterait beaucoup de pertes de vies. Le régime prit conscience de l’éventualité d’une intervention militaire étrangère, mais il conclut qu’il n’en serait rien et il revint sur sa promesse de respecter l’entente.

Ça valait la peine d’essayer de désamorcer le conflit, mais il ne se passera rien. Bombarder les villes avec les tanks et l’artillerie est une façon très peu efficace pour restaurer le contrôle gouvernemental sur ces villes, mais ça limite les pertes de vies du côté du régime.

Avec la mort de 9000 protestataires, le régime d’Assad aurait-il gagné? Probablement. La résistance non violente à la tyrannie est un outil puissant, mais aucune technique politique ne marche toujours sans faille et le parti Baath de Syrie n’était pas une cible facile.

C’est un régime à parti unique qui est dominé par une minorité et qui ne sert que les intérêts de celle-ci, les Alaouites (10 % de la population seulement). Ils craignent une vengeance catastrophique de la majorité s’ils venaient à perdre le pouvoir. Toutefois, les Alaouites ont un soutien important des autres minorités, notamment des chrétiens et des Druzes.

La plupart des gens de ces groupes ont gobé les sottises sur «les groupes armés terroristes» et ils sont terrifiés à l’éventualité d’un gouvernement par la majorité. Ils sont convaincus qu’un tel gouvernement passerait le pouvoir aux mahométans sunnites (70 % de la population). Ce n’était pas l’objectif des premiers protestataires qui croyaient réellement à une démocratie syrienne tolérante, mais le régime d’Assad est habile au jeu de diviser pour régner.

La perspective d’une transition non violente à une Syrie démocratique qui rallierait la loyauté de toutes les religions et de tous les groupes ethniques du pays s’est évaporée. Les gens qui ont essayé de réaliser cela étaient étonnamment braves, et ils maintinrent leurs protestations de façon complètement paisible pendant sept mois malgré l’extrême violence du régime, mais maintenant, la plupart d’entre eux ont été soit abattus, soit désarmés.

Les deux dernières options sont tout aussi mauvaises. Si Assad réussit à supprimer toute résistance, la Syrie sera un endroit encore plus oppressif et plus injuste qu’il ne l’était auparavant. Même s’il ne réussit que partiellement, ce sera la voie pour une guerre civile du tout au tout, comme celle qui a dévasté le Liban en 1975-1990. Il n’y a pas de troisième option plausible.

Suis-je en train de dire qu’une victoire d’Assad est la meilleure option qu’il reste à la Syrie? Non, je ne peux pas me résoudre à dire cela. Mais je pense que je suis en train d’écrire l’épitaphe d’une tentative de révolution non violente en Syrie.