Pâques, ma joie! (2)

Parmi les plus beaux souvenirs que je garde de la célébration de la Veillée pascale, il y a celui du feu nouveau allumé au début de la célébration. À lui seul, le feu caractérise la lumière, la chaleur, l’ardeur et la puissance. Il parle du Ressuscité et de ses disciples appelés à avoir un «cœur brûlant sur la route» (Lc 24).

Il y a cinq ans, lors d’une année d’études à Rome, j’ai eu le privilège de participer à la Veillée pascale dans la basilique Saint-Pierre. C’est dans le grand portique que le feu avait été allumé: un beau grand feu dans cet espace à mi-chemin entre la place extérieure et la basilique.
Le pape a allumé le grand cierge pascal avant d’entrer dans la basilique plongée dans l’obscurité. Et peu à peu, les fidèles ont allumé leur cierge. Progressivement, la lumière s’est mise à éclairer l’enceinte. La douce lumière éclairait timidement les statues et les peintures. La beauté architecturale de ce merveilleux temple était mise en valeur et réjouissait les cœurs.

La transmission de la lumière pascale d’un cierge à l’autre est un des plus beaux symboles de la joie de Pâques. Cette joie se partage et se propage à la manière d’une flamme: lorsque je permets à l’autre d’allumer son cierge au mien, ma flamme ne se trouve jamais amoindrie. C’est même le contraire qui se produit.

En partageant ma joie avec l’autre, elle est renforcée. Parce que cette joie ne vient pas de moi. Elle vient de Dieu. Elle est Dieu.

Feu contagieux de la joie
La joie qu’il y a en Dieu, c’est comme un grand feu qui brûle: nul n’en ressort indemne!

Dans un brasier, il n’y a rien de statique. Les morceaux de bois tombent les uns sur les autres, ils se mêlent et se transforment: ils cessent d’exister pour éclairer et réchauffer.

Pâques à son meilleur, c’est entrer dans le brasier de la joie: mourir à nos désirs égoïstes pour renaître à une vie en abondance, joyeuse et éternelle. La renaissance est au prix de cette exigence.

Ce feu de joie est contagieux. Le feu allumé dans nos églises lors de la Veillée pascale doit nous consumer pour aller embraser le cœur de tous. Nous avons une responsabilité de faire découvrir à l’autre la joie qui l’habite. Peut-être ignore-t-il qu’il y a en lui une joie redoutable? En dégageant les inquiétudes et les soucis quotidiens qui enferment la personnalité de quelqu’un, la joie éclate.

Il y a seulement des passionnés et des entêtés pour croire à la joie même au cœur des épreuves. Pâques, c’est justement la fête des passionnés de l’impossible: rester dans la joie d’une confiance qui sait qu’en dépit de tout, l’amour aura le dernier mot. Faire l’expérience de cette joie, c’est vivre un dépassement de ce qui était jusqu’alors.

Quelque chose de neuf naît et cela s’exprime par une certaine exultation.
Une des façons de vivre dans cette joie, c’est d’entrer dans l’esprit de la louange. C’est elle qui nous permet de ne pas sombrer dans la désespérance. La louange dans notre bouche est une façon de se décentrer de soi-même et de saisir la beauté qui nous entoure… une beauté qui se déploie dans la nature qui s’éveille en cette saison.
Relu le message de Benoît XVI adressé aux jeunes à l’occasion de la Journée mondiale de la jeunesse. Une fois de plus, il aborde le thème de la joie. Dans presque tous ces messages, encycliques et exhortations, il parle de la joie de croire. Je suis toujours étonné de découvrir derrière les apparences d’un homme si sérieux tant de prédilection pour la joie. Si j’écrivais une autre thèse, ce serait pour étudier «La joie chez Benoît XVI».

Donné la communion dans des petites mains qui se tendaient pour recevoir le corps du Christ pour la première fois. Grande est la joie de celui qui dépose le corps du Seigneur sur un si beau trône. Plus grande encore la joie de celui qui reçoit.

Écouté la Symphonie du Nouveau Monde no 9 de Dvorak interprétée à l’occasion de l’anniversaire du naufrage du Titanic. La joie d’apercevoir la terre ferme après des jours en mer est mise en valeur. Cette joie peut aussi être vécue dans l’attente de voir ce qu’on espère.

Médité des récits d’apparition de Jésus à ses disciples après sa résurrection. Au bord du rivage, la barque de Pierre est un symbole de l’Église. Il est plus facile de manœuvrer une petite barque et de lui faire faire des virages impromptus que de commander un paquebot. Il y a là un appel et une vocation pour l’Église!

Repris le Cantique des créatures de saint François d’Assise. Il avait raison de louer Dieu pour notre frère le feu par qui s’illumine la nuit; il est beau, joyeux, invincible et fort. Avec le réveil de la nature, il est aussi juste d’associer toute la création à la louange: frère soleil et sœur lune, frère vent et sœur eau, notre sœur et mère la Terre.