Remise à zéro de l’armement nucléaire mondial

Le deuxième sommet sur la Sécurité nucléaire vient tout juste d’avoir lieu à Séoul. Il a étonnamment eu peu d’attention des médias internationaux même si 53 pays y assistaient. Pour les médias, les armes nucléaires sont chose du passé étant donné que personne ne s’attend à une guerre nucléaire. Mais une arme nucléaire dans les mains d’un terroriste est le cauchemar qui définit l’après-décennie du 9/11, et c’était là l’objet du sommet.

«Ça ne prendrait pas grand-chose, seulement une poignée environ de ces engins (nucléaires) pour tuer des centaines de milliers de personnes innocentes, et ce n’est pas exagéré», a dit le président Barack Obama sur son chemin de retour de Séoul. «Il y a encore trop de malfaisants à la recherche de ce matériel dangereux qui est encore accessible dans beaucoup trop d’endroits.

Tenir hors de mains malhonnêtes un matériel nucléaire du calibre d’une bombe requiert un haut niveau de coopération internationale.

Un certain progrès en ce sens a été fait à Séoul du point de vue de la coordination policière et des services de renseignements, mais le vrai problème, c’est qu’il y a trop d’armements nucléaires dans le monde.

Personne n’est parvenu à concocter un scénario plausible où un groupe terroriste pourrait créer une bombe nucléaire à partir de rien. Extraire de l’uranium et le raffiner en un matériau convenable pour produire des armes et une bombe équivalente à une explosion de 20-kilotonne (la bombe larguée sur Hiroshima) sont des travaux qui requièrent les ressources scientifiques, techniques et financières d’un État.

Ce dont les terroristes ont besoin, c’est une bombe toute faite, ou au moins suffisamment d’uranium fortement enrichi, ou du plutonium, de sorte que le travail qui resterait à faire serait d’assembler la bombe. La seule source vraisemblable d’une bombe terroriste serait donc les programmes d’armes nucléaires des différentes nations qui les possèdent. Et plus ces programmes sont gros, plus grandes seront les chances que soit une arme nucléaire, soit une grande quantité de matériel fissile tombent dans des mains malhonnêtes.

C’est peut-être vrai (ou pas) que l’arsenal d’armes nucléaires des États-Unis est tellement efficace et tellement éprouvé qu’il y a très peu de risques que quelqu’un puisse voler des bombes américaines ou du matériel fissile. Mais la sécurité des États-Unis dépend aussi de la protection efficace des arsenaux nucléaires d’un tout chacun, et c’est pourquoi Obama est un fervent partisan du projet «Remise à zéro».

Aucun autre président américain, à l’exception de Ronald Reagan, n’a réclamé un monde sans armes nucléaires. En 1984, Reagan avait dit: «On ne peut gagner une guerre nucléaire, et elle ne doit jamais être engagée. Le seul avantage (pour les États-Unis et l’Union soviétique) à posséder des armes nucléaires est de s’assurer qu’on ne s’en servira jamais. Mais alors, ne serait-il pas préférable de s’en départir complètement?» M. Obama semble partager le même objectif, mais son soutien pour le projet «Remise à zéro» est plus nuancé.

D’un maximum de 65 000 armes nucléaires en 1985, le stock mondial a maintenant baissé à 8000 ogives nucléaires, dont 95 % sont sous contrôle russe ou américain. En plus, il y a 14 000 armes nucléaires en stockage appartenant toutes à la Russie et aux États-Unis – et elles peuvent représenter un plus grand danger pour le terrorisme nucléaire, étant donné qu’elles ne sont pas sous surveillance constante.

Le monde entier ne pourra probablement pas remplir le rêve de Ronald Reagan: abolir les armes nucléaires, mais ce serait plus rassurant s’il y en avait moins dans le monde. S’il advenait une guerre nucléaire, ce ne serait pas moins horrible: une centaine d’ogives nucléaires larguées sur les principales villes suffiraient pour anéantir un pays, mais plus il y a d’armes, plus il y a de risques que quelques-unes tombent dans les mains de terroristes.

Diminuer le nombre d’armes nucléaires dans les mains des Américains et des Russes à 1000 chacun, et démanteler toutes les armes empilées, ainsi que la «réserve», voilà l’objectif réel de M. Obama. Le discours sur la «Remise à zéro» ne sert qu’à amener le vieux mouvement pacifiste à être de la partie. (Et qui s’en plaindrait? L’essence de toute stratégie politique est de trouver des partenaires qui se joignent à vous jusqu’à votre destination, au moins pour un bout de chemin.)

Toutefois, pour convaincre la Russie de revenir à un arsenal de 1000 armes nucléaires, Barack Obama devra réduire son moyen de défense que sont les missiles balistiques. Les Russes sont de beaucoup inférieurs aux Américains au point de vue militaire dans tous les autres domaines et ainsi, ils chérissent d’autant plus leur parité nucléaire. Si jamais le moyen de défense que sont pour les Américains les missiles balistiques se concrétisait, il minerait grandement cette parité.

Évidemment, les missiles balistiques n’ont jamais été faits pour fonctionner avec une fiabilité à toute épreuve, quoique les États-Unis les aient déployés à quelques endroits. Mais les Russes ont une foi naïve (ou plutôt une peur) dans les prouesses technologiques américaines et les systèmes de défense en missiles balistiques doivent donc disparaître.

Les abandonner conduirait M. Obama dans une immense bataille avec la droite républicaine et il ne déclenchera pas cette polémique dans une année d’élection. Mais c’était ce dont parlaient vraiment à Séoul le président Obama et Dmitri Medvedev, le président russe sortant, quand on les surprit devant un micro ouvert.

M. Obama dit à M. Medvedev: «Toutes ces questions, et en particulier celles de la défense par missiles, peuvent être résolues, mais c’est important pour [le président russe élu, Vladimir Poutine] de me donner de l’espace. (…) C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai plus de flexibilité.» Et cette flexibilité, il l’aura probablement.