L’abus sexuel, des lambeaux d’enfance

L’enfant mérite d’être aimé et protégé; c’est une responsabilité parentale, familiale et sociale. Mais il semble bien que ce ne soit pas toujours le cas, au triste constat du nombre d’enfants négligés, violentés ou abusés sexuellement.

«Un garçon sur six et une fille sur quatre seront victimes d’abus sexuel avant l’âge de 16 ans. Il y a 3 % de chances qu’un prédateur soit arrêté pour un crime sexuel. Selon les recherches, seulement
5 % des agressions sont dénoncées aux autorités.» (1) Avant qu’il y ait dénonciation, les délinquants sexuels auront fait beaucoup de victimes.  
Définir l’abus sexuel
A- L’abus sexuel sans violence (sans brutalité) se définit par la manipulation et le pouvoir pour obtenir un rapport sexuel non désiré de la victime. L’abuseur utilise rarement la violence (brutalité), mais plutôt des récompenses, des cadeaux, des privilèges, et la dynamique abusive s’implante progressivement. Il utilise la brutalité si l’enfant refuse de se plier aux demandes.

Les différents types d’abus
1 – intrafamilial: l’inceste (père, mère – plus rare -, fratrie, grand-père);
Le tabou de l’inceste – Inceste vient du latin incestum, qui veut dire «souillure, adultère». Une loi universelle interdit d’avoir des rapports sexuels (caresses des organes génitaux, sexe oral, coït, etc.) avec ses enfants. Commettre l’inceste vient briser cette loi, c’est donc un acte délinquant. Les enfants âgés de 3 à 5 ans sont particulièrement vulnérables à l’abus sexuel, car c’est une période de questionnement sur la sexualité; ils sont curieux, ils découvrent leur sexe et le comparent aux autres. Pourquoi les garçons ont des pénis? Pourquoi les filles n’en ont pas? Ils vivent leur «complexe d’Oedipe» (souvent inconscient); les filles croient qu’elles épouseront leur père et les petits garçons leur mère. Le complexe se résout quand l’enfant comprend que c’est impossible.
2 – familial: oncle, tante, cousin, cousine;
3 – famille reconstituée (beau-père, belle-mère – plus rare -), frères, sœurs par alliance);
4 – extrafamilial (voisin, professeur, instructeur, etc.).
B – L’abus sexuel avec violence (brutalité)
C’est le viol: l’agresseur utilise le piège, la contrainte, la force, le pouvoir, la brutalité pour obtenir un rapport sexuel non désiré de la victime.  

L’enfance ne passe qu’une fois, laissez-la moi!
Durant les années 1980, j’ai porté ma recherche et mon sujet de maîtrise sur les femmes abusées sexuellement dans leur enfance. J’ai travaillé dans un programme qui tenait compte de tous les acteurs de la dynamique d’abus sexuel. Il y avait un volet pour les femmes abusées dans leur enfance, appelées «les survivantes», auprès desquelles j’ai travaillé. Des survivantes, des femmes en lambeaux d’une enfance déchirée par des expériences sexuelles qui ne correspondaient pas à leur développement, des passages obligés qu’elles auraient souhaité ne pas avoir à vivre. Devoir faire l’amour avec «papa» quand elles n’avaient pas envie ou recevoir des punitions sexuelles parce qu’elles avaient fait quelque chose «soi-disant mal», etc.
Conséquences
Des histoires et des conséquences différentes, mais des âmes meurtries par ces mains qui ont transgressé les lois sociales, familiales et intimes. Des mains qui ont caressé tout ou en partie des corps trop jeunes pour comprendre, qui ont fait découvrir parfois des plaisirs inconnus jusque-là, des plaisirs «honteux», «coupables». Les victimes désapprouvent leur participation au plaisir de l’abuseur. Elles se voient comme des «ordures», croient à tort que c’est leur faute, qu’elles ont séduit ou provoqué l’abus. Elles se sentent salies, humiliées. Pour beaucoup d’entre elles, ces expériences demeurent des plaies ouvertes. Les rapports parentaux sont biaisés, les victimes éprouvent du mépris envers elles-mêmes, envers l’abuseur, et sa conjointe parfois.

Des séquelles
Des séquelles tant émotives, psychologiques que physiques sont ressenties, même à un âge avancé. Les abus sexuels entraînent chez la femme, ou chez l’homme adulte, un rapport à leur image et à leur sexualité souvent dysfonctionnel, s’il ou elle n’a pas reçu l’aide appropriée. Les conséquences sont nombreuses: peur d’être seul, sentiment d’impuissance, cauchemars (poursuite), phobies, désordres alimentaires causés par les difficultés liées à l’image de soi, refus de se regarder dans le miroir, voudrait être invisible, dépendance aux drogues, alcool, sexe, danse nue, prostitution ou déteste le sexe, dépression, difficulté à doser les émotions, colère excessive envers soi et envers l’abuseur, pensée suicidaire, manque de confiance envers les autres ou trop confiance, peur de prendre des risques ou risque trop, pouvoir de séduction extrême ou camoufle toute séduction, sentiment d’être différent, voire exceptionnel, etc.

Ressusciter à l’enfance
Pour revivre, il faut faire le deuil de cette période de l’enfance. Faire de l’ordre dans les émotions envers soi et les autres (colère, honte et culpabilité); se sentir écouté et compris, permettre le partage d’un secret lourd à porter. Trouver de nouvelles ressources en soi et autour de soi (thérapeute) afin de se réconcilier avec soi, la vie, les autres et enfin, ressusciter à la vie.
Pour une consultation, vous pouvez me joindre par courriel ou au 260-1907, ce sera un plaisir pour moi de vous aider; et merci de me lire.

Anne Richard
Sexologue

1 – Annick Boulay, 2008 http://www.lexpress.to/archives/3174/