Lundi de Pâques

Bon lundi! On demande parfois aux gens quelle est leur meilleure période dans l’année, la plus spéciale. Et, invariablement, la plupart des gens répondent la période entourant la fête de Noël. Moi, pour ma part, c’est la fin de semaine de Pâques. Non pas que je déteste Noël. Mais c’est une période qui est vraiment entourée d’une commercialisation un peu bébête. Tandis qu’à Pâques, un petit morceau de chocolat scelle le tout! C’est aussi un congé assez long de quatre jours où tout s’arrête. C’est l’annonce du printemps, du renouveau dans la nature. Pour les pratiquants, c’est aussi la résurrection. La renaissance quoi! Un vent de fraîcheur gagne la nature au même rythme que les cœurs. C’est, quant à moi, ma période préférée de l’année. Surtout que je suis friand du chocolat…

C’est aussi la période des budgets de nos gouvernements provincial et fédéral. Quoiqu’à ce titre, on ne puisse pas vraiment parler de renouveau. On est en mode de coupures sur les deux plans, ce qui ressemble davantage à un automne qu’à un printemps. J’ai personnellement pris de travers le dernier budget fédéral qui annonçait, pour les gens plus jeunes, un allongement de la période préretraite. En fait, si vous n’avez pas tourné les 54 ans le 31 mars 2012, les nouvelles mesures vous affecteront. Moi, je les tournerai en juin de cette année. Et donc, je suis de ceux qui auront à travailler plus longtemps avant de toucher aux prestations de sécurité de la vieillesse. Remarquez qu’à titre de travailleur indépendant, c’est plutôt aléatoire dans mon cas.

Ce dernier budget fédéral en est un qu’on peut qualifier de taillé sur mesure pour les baby-boomers. Bien sûr, il y a ces changements annoncés aux prestations de sécurité de la vieillesse qui ne vont affecter que les plus jeunes. Comme moi et ceux qui me suivent. Mais il y a aussi ces coupures d’emploi au sein de l’ensemble de l’appareil gouvernemental. Ce qu’il faut y comprendre, c’est que ce soit par attrition ou par abolition de postes, ce sont ceux et celles qui détiennent des droits acquis et de l’ancienneté qui auront priorité dans ce jeu de chaises musicales. Plusieurs vont se retrouver sur le carreau, sans emploi, certes. Mais d’autres réussiront à se faire réaffecter à d’autres postes ici et là dans la fonction publique. Le résultat sera inévitablement de deux ordres. Les plus jeunes, ceux qui ont le moins d’ancienneté seront les plus affectés par ces coupures. Et, encore une fois, les jeunes qui ont fait le pari de se former pour accéder à la fonction publique verront leur plan de carrière freiné, sinon tout simplement bloqué.

L’effet de ce resserrement de l’emploi est de deux ordres. Il déstabilise les opérations des divers services gouvernementaux qui devront faire plus avec moins. Il court-circuite également ces mêmes unités de travail de l’apport d’énergie de la jeunesse. Toute organisation se régénère avec l’arrivée d’une nouvelle crue d’employés. Sans cet apport, on risque d’être frappé d’inertie. La fibre jeunesse au sein de l’appareil d’État va donc manquer. C’est une perte pour l’appareil. Pas autant, cependant, pour cette jeunesse qui se voit refoulée une fois de plus. On lui en met lourd sur les épaules ces temps-ci. C’est, j’imagine, le résultat du poids démographique des baby-boomers qui pèse de plus en plus lourd dans la balance électorale.

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Cette fin de semaine de Pâques représente également pour moi un nouveau tournant. Un peu comme la symbolique du Vendredi saint, je termine avec cette chronique une belle expérience avec vous, lecteurs et lectrices. C’est que je me dois, en toute conscience, de mettre un terme à mon apport à titre de chroniqueur. Et, comme le symbolise le renouveau de Pâques, c’est parce que je me lance bientôt dans une nouvelle aventure qui ne va pas me donner toute la liberté qui sied au rôle de chroniqueur.

J’ai toujours fondé mon propos sur la plus grande liberté d’expression possible, solidement appuyé en cela par la direction du journal. C’est tout à son honneur. Et tout un luxe pour un libre penseur comme moi. Parfois, je me suis autocensuré afin d’éviter de tarir des sources ou de tomber dans des écueils. Ce qui ne m’a pas empêché, par ailleurs, de passer mon propos.

Ce qui m’a le plus satisfait, ce sont les multiples messages d’appui que de temps à autre plusieurs d’entre vous m’ont envoyés. C’est une responsabilité immense que d’accoucher, lundi après lundi, d’une chronique portant sur les affaires publiques. Sachez que vos commentaires ont fait que j’ai pu, bon an mal an, depuis le 1er septembre 2003, réussir ce tour de force 415 fois plutôt qu’une.

Mais, comme on dit, toute bonne chose à une fin. J’ai toujours commencé mes chroniques par l’expression «Bon lundi!» pour la terminer par «Et bonne semaine». Cette dernière fois, je termine par «Bon lundi de Pâques» et «Merci!»