Le défi de la croissance économique

«L’autosuffisance», c’est le concept que le gouvernement de Shawn Graham n’aura pas pu vendre aux Néo-Brunswickois pendant son unique mandat.

Bernard Thériault

Eh oui, j’ose faire de ce slogan moribond le premier mot de ma première chronique. Toutefois, le gouvernement de David Alward pourrait s’en être inspiré pour affronter la tempête économique qui s’annonce pour notre province. Si le gouvernement précédent n’a pas su expliquer à la population en quoi ce concept consistait, il avait tout au moins le mérite d’expliquer clairement la situation de la province. On y expliquait qu’il est impératif que notre population augmente, qu’elle soit mieux éduquée et que toutes les régions soient dotées des infrastructures capables d’assurer son développement. De plus, on y indiquait que nous pouvions jouer un rôle régional de première importance dans le domaine énergétique en raison de notre situation géographique. On y précisait également que notre réseau électrique vieillit mal et que ses tarifs industriels nuisent énormément à la création d’emplois. Cette situation perdure puisque le gouvernement actuel a rejeté du revers de la main ce constat et se retrouve dans la piteuse situation où la croissance économique de la province accuse un sérieux retard sur les provinces voisines. Le gouvernement ne peut à lui seul redresser la situation, mais il a la responsabilité de créer un climat favorable à l’investissement, ce qu’il n’a pas fait dans les deux premières années de son mandat.

Ce à quoi nous nous heurtons, c’est à un gouvernement totalement incapable d’inspirer les Néo-Brunswickois, combiné à un gouvernement fédéral qui ne veut rien savoir d’une province comme le N.-B. Même si le N.-B., avec l’Alberta et la Saskatchewan, est la province qui envoie la plus forte proportion de députés conservateurs à Ottawa, ceci n’a pas permis à la province de soutirer quoi que ce soit du fédéral, alors que la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve reçoivent la manne d’Ottawa. De plus, la présence de Bernard Valcourt et de Keith Ashfield, deux anciens du caucus provincial, devrait faciliter l’aide d’Ottawa. Ce n’est malheureusement pas le cas. Alors que les travaux de réfection à Pointe Lepreau se terminent et que la construction de la mine de Potash Corp tire elle aussi à sa fin, le N.-B. se retrouve pour la première fois depuis des décennies sans projets de développement majeurs. Le gouvernement doit prendre le blâme, car il aurait pu comme l’ont fait tous les gouvernements qui l’ont précédé, entreprendre des travaux d’infrastructures pour maintenir au N.-B. ses travailleurs et travailleuses. Il aurait pu, à titre d’exemple, commencer les travaux visant à doubler les voies sur la route 11. Au contraire, on annonçait récemment que ce projet ne se ferait pas.

Quant au ministre responsable du Déve­loppement économique, Paul Robi­chaud, il devra faire plus que d’annoncer des trottoirs et des bouts d’asphalte dans sa circonscription. Si rien n’est fait, notre province se dirige vers un précipice sans issue. On se souvient du succès que le ministre Robichaud avait obtenu lorsqu’il était aux Transports, en faisant inclure les routes 11 et 17 dans le réseau routier national. Monsieur le ministre, envolez-vous vers Ottawa… ça presse! *

Il peut sembler paradoxal pour un ancien vice-président de l’APÉCA d’affirmer ce qui suit, mais j’estime que le développement économique de notre province doit passer en bonne partie par le développement de nos ressources naturelles et de nos industries primaires, dont la forêt, l’agroalimentaire, la pêche, les tourbières et les mines.

Hermel Vienneau

Notre province a pendant longtemps bénéficié d’une industrie forestière robuste, créatrice d’une quinzaine de milliers d’emplois. Mais avec le déclin de la construction domiciliaire aux États-Unis et l’effondrement des marchés mondiaux des pâtes et papiers, la plupart de nos papetières ont soit fermé leurs portes ou réduit leurs effectifs. Ces fermetures et pertes d’emplois affectent beaucoup nos régions rurales.

Les réductions gouvernementales dans les projets d’immobilisation vont également nuire à la création d’emplois, mais les gouvernements n’ont pas le choix de réduire leurs dépenses pour empêcher un désastre fiscal à la grecque.

Quelles sont donc nos meilleures options pour la création réelle d’emplois?

D’abord, si la Nouvelle-Écosse se porte un peu mieux que nous, c’est en raison du gigantesque contrat de 25 milliards $ accordé par le gouvernement fédéral pour la construction de navires militaires à Halifax. Les investissements occasionnés par ce contrat devraient permettre à nos voisins de respirer plus aisément à compter de 2013. Il est à souhaiter que les efforts de l’APÉCA et du gouvernement provincial pour attirer une partie de ces investissements ici, portent leurs fruits.

Nous avons également une occasion unique de développer une industrie d’une dizaine de milliers d’emplois dans cette province, soit celle du pétrole et du gaz naturel contenus dans nos formations rocheuses souterraines sur environ un cinquième du territoire. Tout comme pour les mines, la pêche et l’industrie forestière dans les années 1950 et 1960, nous avons une chance unique de développer une industrie créatrice d’emplois qui générerait de surcroît entre 300 et 400 millions $ annuellement en redevances pour la province.

Il est malheureux que la compagnie gazière SWN Resources, qui fut invitée ici et accueillie avec le grand tapis rouge par l’ancien gouvernement Graham, se voie maintenant boudée par l’opposition libérale, les verts et le NPD. Ah oui, j’oublie le candidat Murphy qui promet un moratoire sur l’industrie du gaz naturel en échange de votes au congrès libéral…

La situation chronique du manque d’emplois au N.-B. devrait pourtant inciter les élus de tout acabit à mettre de côté la petite politique pour appuyer cette industrie comme ils l’ont fait jadis pour l’industrie forestière, la pêche et les mines.Tout d’abord, je remercie la direction de
l’Acadie Nouvelle de m’avoir permis un retour à la plume par la voie de cette chronique hebdomadaire. Comme premier sujet, on nous a proposé le développement économique et le manque d’emplois chronique dans cette province. *