De l’éducation des hommes

Je fais partie de la génération qui a vu Simone Veil gagner la bataille du droit à l’avortement en France.

J’ai observé avec incrédulité des milliers de femmes dans le monde jeter leur soutien-gorge à la poubelle en signe de révolte (je n’ai jamais trop compris pourquoi, il y avait selon moi bien d’autres symboles dignes de l’incinérateur) et j’ai entendu la nouvelle génération affirmer que la bataille féministe sur les barricades était terminée, à peu près au moment même où Marc Lépine jouait de la mitraillette à Polytechnique.

Si j’étais d’accord que les références guerrières n’étaient plus trop d’actualité, je n’ai jamais cru que la lutte pour l’égalité était terminée, tant s’en faut. J’ai eu la chance de grandir avec des exemples positifs de femmes de tête prenant leur place au soleil avec le soutien d’hommes éclairés sur le sujet (mon père, mon frère, mon mari), mais j’ai croisé sur ma route assez de femmes soumises, battues, exploitées, terrifiées par leur mari, leur conjoint, leur père, leur frère, leur patron et, comme tout le monde, j’ai été suffisamment témoin de la situation horrible de toutes ces Malala brimées, oppressées par des systèmes patriarcaux ou religieux, pour savoir que les femmes ont encore beaucoup de batailles à gagner.

En cette nouvelle année, je désespère. On a beaucoup parlé du chauffeur de taxi de Halifax acquitté d’agression sexuelle par un juge mâle qui a déclaré que ce n’est pas parce qu’une femme est saoule qu’elle ne peut pas consentir, mais un peu moins du policier Snelgrove du Royal Newfoundland Constabulary de Saint-Jean de Terre-Neuve qui a violé une jeune femme en état d’ébriété.
Oui, vous avez bien lu, un policier en uniforme, en fonction, supposé protéger une jeune femme qui, dans son témoignage, a déclaré, «dans mon état, j’ai pensé que c’était plus sûr de demander l’aide d’un policier que d’appeler un taxi», l’agresse et plaide non coupable parce que la victime était saoule mais capable de consentir. Et lui aussi est acquitté.

Dans le cas du policier de Saint-Jean, la Couronne a décidé de faire appel, mais ça ne me conforte pas vraiment. Dans chacun de ces cas, c’est l’ignorance des hommes en position de pouvoir qui me sidère. Que le 8 mars demeure la journée des droits des femmes, soit, mais, par pitié, faisons des 364 autres les journées de l’éducation des hommes!