Terre-Neuve à Broadway

Cette semaine, au moment même où, aux États-Unis, on ne parle que de mur pour cadenasser la frontière, de déportations d’illégaux et d’interdiction de séjour pour la majorité des musulmans, s’ouvre à Broadway la comédie musicale Come From Away, une production canadienne qui raconte comment la petite ville de Gander, à Terre-Neuve, a accueilli des milliers de passagers venant du monde entier, le 11 septembre, jour fatidique des attaques à New York.

Comme Terre-Neuvienne, accueillie ici il y a près de quarante ans, je suis fière de mes compatriotes qui ont spontanément ouvert leurs portes et leurs cœurs à plus de 8000 voyageurs débarquant de quelque 38 vols long-courriers, qui les ont aidés à reprendre contact avec leurs familles, les ont hébergés, nourris et divertis durant les quatre à cinq jours de leur escale forcée.

Je suis fière aussi que le Canada ait permis à ces avions de se poser un peu partout au pays, malgré les risques bien réels que des terroristes en puissance se trouvent parmi ces dizaines de milliers de voyageurs dont on ne connaissait absolument rien. Si Jean Chrétien, notre premier ministre du moment, avait été du genre du président américain actuel, il aurait tout simplement refusé à ces avions d’atterrir chez nous, au nom de la sécurité des citoyens. Où seraient-ils allés puisque les États-Unis, eux, leur refusaient accès à leur ciel et à leurs aéroports?

La symbolique entre ce moment de générosité gratuite des gens de Gander dans Come From Away et la situation actuelle n’a été perdue pour personne, surtout pas pour les critiques américains qui ont chanté les louanges de la production et de son message à un moment particulièrement noir de l’histoire de leur pays. Elle n’a pas été perdue non plus pour notre premier ministre actuel qui a mis un point d’honneur à se rendre à la première, flanqué d’Ivanka Trump, dans l’espoir sans doute que ce spectacle redonne un peu d’humanité à la Maison-Blanche. Bonne chance!

«Come From Away n’est pas un spectacle pour personnes désabusées et cyniques», explique le Huffington Post, «c’est l’histoire d’une communauté singulière, au sein de laquelle tout le monde est le bienvenu.»