Ça prend du guts

Ça prend du guts pour affronter 31 adversaires coup sur coup.

Ça prend du guts pour passer à travers une série d’épreuves physiques aussi éprouvantes les unes que les autres.

Il faut la vouloir pas à peu près sa ceinture noire.

Mais ça prend encore plus de guts pour aller chercher un troisième dan quand on a passé le cap de la soixantaine.

Tous ceux qui approchent ou qui ont franchi cet âge vénérable savent à quel point ça devient difficile d’être et de rester en forme quand on a un pied dans le troisième âge.

Mais on dirait que certaines personnes semblent immunisées contre les ravages du temps.

On pense immédiatement au boxeur Émile Arsenault, aux coureurs Joël Bourgeois et Patty Blanchard, au baseballeur Derek Wilson ou au tireur de poignet Sylvio Bourque.

Mais personne n’est un plus bel exemple de courage et de détermination qu’Irène Doiron.

Ce petit bout de femme qui dépasse à peine cinq pieds a un véritable coeur de lion.

À un âge où la plupart des êtres humains contemplent la retraite et rêvent de faire bondir leurs petits-enfants sur leurs genoux, l’Acadienne de Moncton s’entraîne trois ou quatre fois par semaine pour continuer à progresser.

Pas question de ralentir et de faire du sur place, elle veut toujours s’améliorer et passer à l’étape suivante.

Et on ne parle pas ici de palet sur plancher ou de boulingrin, mais de karaté.

On parle non seulement d’un sport de contact, mais d’une discipline absolument infernale pour le corps.

Mais ça, il faudrait le dire à la charmante dame âgée de 60 ans, parce qu’elle ne semble pas avoir reçu le mémo.

Irène Doiron est le genre de personne qui ne connaît pas la signification du mot abandonner.

Qu’on parle de pompes, de cassage de planches ou de combats, elle ira jusqu’au bout.

Un petit brin de conversation avec ses collègues de tous les âges suffit pour comprendre à quel point elle est respectée et admirée par tout le monde dans son dojo.

Les plus jeunes veulent devenir comme elle, alors que les plus vieux tentent de garder le même rythme qu’elle.

C’est une tâche impossible, évidemment, puisque c’est la belle Iréne qui a toujours le dernier mot.

Mais le plus beau dans son histoire, ce n’est pas qu’elle représente un beau modèle pour tous les athlètes vieillissants.

C’est qu’elle réussit à inspirer son fils à suivre ses traces et à repousser constamment ses limites.

Ce n’est pas seulement comme athlète qu’elle peut dire mission accomplie, mais surtout comme maman.

Elle a su guider son fiston Guy dans le bon chemin, forgeant au passage un lien indestructible avec lui en cours de route.

Et ça, c’est encore plus important que n’importe quelle ceinture, peu importe la couleur.