À quel prix, la littérature?

Il y a quelque chose du jeu de hasard en écriture. Ni l’auteur, ni l’éditeur, ni le public ne savent d’où surgira le prochain best seller. Il n’existe pas de recette pour l’écrire, bien malin celui ou celle qui réussira à le décrocher de l’air du temps. Chaque écrivain est donc justifié de penser que son prochain livre, celui qu’il est justement en train d’écrire, sera celui qui fera pleuvoir les dollars.

Par exemple, un jeune Québécois écrit son premier roman et, contre toute attente, il s’en vend 120 000 exemplaires (l’auteur reçoit 10% du prix de vente pour chaque exemplaire vendu). Une manne, quoi! Il s’applique donc à écrire son deuxième livre, qu’il en vient à considérer encore meilleur que le premier. Mystère, ce deuxième livre ne se vend pratiquement pas. Zut !

Au Canada français, un livre qui se vend à 4000 exemplaires est considéré comme un bon vendeur. Comme revenu pour l’écrivain, cela peut représenter 10 000 $. Les livres qui n’atteignent pas les 4000 exemplaires vendus sont légion.

En 5 ans, mon roman Pour sûr s’est écoulé à 2226 exemplaires en français. Il s’agit de la réponse à la petite devinette lancée la semaine dernière. (Il s’en est vendu 370 exemplaires en anglais, sur 3 ans.) Compte tenu qu’il s’agit d’un « gros » livre présentant des défis de lecture particuliers – en autres mots, c’est un livre qui a pu faire peur à certains – je considère qu’il s’est relativement bien vendu. Disons.

Seul Pas pire s’est un peu mieux vendu, à près de 3200 exemplaires, mais sur une période d’un peu plus de 20 ans. Un fin passage et Petites difficultés d’existences se sont écoulés à 1538 et 2045 exemplaires chacun (en français seulement).

Je dévoile ces détails pour illustrer la différence entre un succès critique et un succès de librairie. Parfois les deux vont de pair, parfois on obtient l’un ou l’autre, et parfois encore, ni l’un ni l’autre. Il y a beaucoup de raisons d’écrire, mais vous l’aurez compris, il est plus facile d’y gagner son ciel que d’y gagner sa vie.