Fabriqué à Taïwan

Va chercher le drapeau acadien le plus proche. Lis l’étiquette. Ça vient d’où, ton drapeau?

Sur le premier single de son mini-album qui sortira prochainement Live à la Legion, Jonah Richard Guimond alias P’tit Belliveau annonce l’origine géographique du sien dans le titre: Mon drapeau Acadjonne vens d’Taiwan. Ce nouveau projet solo country-bluegrass stylisé à la musique communautaire des années 1980, est exécuté avec l’approche méticuleuse typique de Guimond, à preuve son choix exquis d’utiliser une drum machine sur l’album.

Dans sa chanson inspirée de sa surprise en découvrant que le drapeau qu’il affichait depuis des années avait été fabriqué en Asie, P’tit Belliveau charme autant par sa douce irrévérence que par ses paroles inoubliables. Qui pourrait résister une râpure faite avec des patates «Île-du-Prince-Édouarionnes»?

Futé, il nous a sournoisement glissé une grosse question au centre de sa chanson accrocheuse: «So dis-moi quoisse qu’est vraiment Acadjonne?»

Si la quête personnelle d’une réponse à cette question est probablement en soi l’expérience la plus indéniablement acadienne qu’il y ait, P’tit Belliveau réussit à y apporter un nouvel angle. Dans sa baie Sainte-Marie globalisée, sa culture est devenue un melting pot où les repères culturels acadiens ne sont plus distinguables dans le lot. Que ses drapeaux omniprésents proviennent de Taiwan semble parfaitement naturel.

L’Acadie a, au fil des ans, rejeté l’idée de se définir exclusivement par sa géographie, sa généalogie, son histoire, sa langue, ou ses traditions et est elle aussi devenue un melting pot où s’assimilent mythes et réalités, visions et illusions. La seule chose qui est repérable dans tout ça, c’est la maudite question éternelle sur qui sont vraiment les Acadiens.

Plus nous avançons dans le temps sans partager des repères culturels contemporains qui nous unissent et nous inspirent une appartenance à notre diaspora, plus les Acadies évoluent dans des écosystèmes autonomes et isolés vers des avenirs séparés et divergents.

Il est temps qu’on se trouve de nouveaux symboles qui nous ressemblent et nous représentent avant qu’on se perde de vue, en commençant par une valeur fondamentale.

Peut-être qu’à force de croire ensemble à quelque chose, on se ressemblera éventuellement.