Une bonne nouvelle et une promesse brisée

On apprenait, dans l’édition du 12 avril de l’Acadie Nouvelle, que les enseignants se sont entendus avec le gouvernement sur les termes d’un nouveau contrat de travail. Bien sûr, comme toute entente, certains enjeux ne sont compris que par les personnes concernées. Cependant, un enjeu particulier constitue un irritant.

En 2014, le gouvernement libéral s’est fait élire avec la promesse de donner plus de stabilité aux écoles. En gage de stabilité, il s’était même engagé à produire un plan d’éducation de 10 ans. Cette promesse, il l’a tenue. Le plan a été produit et sa mise en œuvre a débuté.

Or, la stabilité des écoles ne s’appuie pas seulement sur l’identification de mesures à entreprendre. La stabilité des écoles s’appuie sur le potentiel qu’ont ces mesures de permettre au système d’éducation de toujours remplir la promesse faite aux élèves. Par leur cohérence, ces mesures doivent procurer aux élèves des moyens de s’épanouir pour devenir des personnes équilibrées, des citoyens engagés et des travailleurs compétents.

Mais par-dessus tout, la stabilité des écoles est portée par les personnes qui y œuvrent chaque jour. Et c’est un jeu dangereux de faire de la politique avec le personnel des écoles, surtout avec les enseignants qui côtoient nos enfants et qui touchent leur cœur d’une façon particulière. Les élèves n’ont pas à payer pour les stratégies politiques.

La création de 250 nouveaux postes d’enseignants est une excellente nouvelle. Cependant, pourquoi fallait-il sacrifier deux années scolaires en éliminant 300 postes en début de mandat pour en arriver au même point? Avec la diminution du nombre d’élèves à la grandeur de la province, il y a une réduction du nombre de classes et, par conséquent, s’ensuit une diminution naturelle du nombre d’enseignants.

Je crains que les raisons derrière cette décision de créer 250 postes à partir de la prochaine rentrée ainsi que les raisons derrière la décision d’éliminer 300 postes ces dernières années soient motivées par des impératifs qui n’ont rien à voir avec la pédagogie et l’éducation des enfants. J’ai du mal à y voir une recherche sérieuse de mesures favorisant une plus grande qualité de l’éducation que reçoivent les élèves.

La décision de mettre en place un système public d’éducation pour éduquer ses enfants est une décision politique dans un sens bien particulier. Il s’agit, pour une société démocratique comme la nôtre, de se donner les moyens de son propre renouvellement. Il s’agit du plus puissant outil de justice sociale, d’équité et d’égalité dont dispose la société entière pour se garantir un avenir meilleur.

Par ailleurs, une fois que cette décision est prise collectivement, le rôle du gouvernement est de s’assurer que le système remplisse adéquatement sa fonction. Il l’a joué d’une manière brillante quand il a permis le grand chantier collectif qui a mené à la production de la Politique d’aménagement linguistique et culturel.

Mais quand le gouvernement décide d’imposer des mesures en suivant des principes idéologiques qui semblent plutôt relever d’une stratégie électorale, en toute conscience, je ne peux pas approuver cette façon inefficace de gérer le système d’éducation.

Les enfants ne sont pas des moyens pour arriver à nos fins. Ils sont la finalité de tout ce que nous accomplissons comme adultes. En fait, n’est-ce pas ce jeu politique qui explique que trop souvent en éducation, nous nous retrouvons dans un éternel recommencement?