Mea Culpa

Accrochez-vous, je suis sur le point de me lâcher sur un sujet qui ne cesse de m’exaspérer: cette manie d’exiger des excuses comme remède à toutes les plaies!

Il y a eu le PDG de la compagnie aérienne United qui s’est excusé (du bout des lèvres) d’avoir dû maltraiter un passager pour l’expulser de son siège, la CBC d’avoir commandé, payé et mis en onde une série documentaire d’une qualité douteuse sur l’histoire du Canada et Sean Spicer, porte-parole de la Maison-Trump, d’avoir avancé que même Hitler n’avait pas eu le culot de Bashar El Assad d’utiliser des armes chimiques contre ses citoyens.

En quoi ces excuses compensent-elles le manque de respect de United Airlines envers sa clientèle, ou l’ignorance crasse de la CBC et de Sean Spicer au sujet de l’Histoire? En rien! À ces excuses contraintes et forcées, il aurait fallu ajouter la promesse – comme on demande aux enfants –, de ne pas recommencer: le PDG de la compagnie United aurait pu expliquer comment la compagnie traitera dorénavant les passagers d’un vol survendu, la CBC pourrait nous rassurer sur le fait que cette History of Very Few of Us ne sera pas utilisée comme outil pédagogique (par pitié!) et Sean Spicer nous assurer qu’il va prendre un cours de rattrapage en histoire.

Mais non, les excuses, semble-t-il, se suffisent à elles-mêmes: une minute d’autoflagellation publique et «abracadabra», on redevient blanc comme neige. C’est ainsi que tout en s’excusant, le PDG de United a écrit une note interne appuyant inconditionnellement l’attitude de ses employés et que la CBC loin de nous expliquer comment elle a omis de repérer les manquements évidents dans sa série documentaire nous propose un forum internet pour en discuter (un moyen tellement pratique de se débarrasser des mécontents). En fait, le seul à faire preuve d’un peu d’intégrité intellectuelle a été Sean Spicer qui a admis qu’il s’était lancé sur un terrain qu’il ne connaissait pas et qu’il aurait bien mieux fait de se taire.

Pourquoi acceptons-nous de tels artifices? Nous devons apprendre à dire «non merci, je ne veux pas de vos excuses, je veux des gestes concrets». Arrêtons de nous faire les complices de cette manie du confessionnal comme remède à tous les errements, manquements et erreurs de nos sociétés.