Être meilleur

Ouch! Le Titan d’Acadie-Bathurst a appris à la dure, cette semaine. En plus des deux défaites sans équivoque au tableau indicateur de 4 à 1 et de 7 à 1 face à l’Armada de Blainville-Boisbriand, il a également encaissé une des grandes leçons du hockey: pour être meilleur, il faut jouer comme les meilleurs.

Pourtant, tout était au beau fixe après la deuxième rencontre de cette série quarts de finale à Bathurst. La troupe de l’entraîneur-chef Mario Pouliot venait de l’emporter 7 à 2 et avait disputé, de l’avis de plusieurs, un match presque parfait.

Déjà, les amateurs salivaient à l’idée de se débarrasser des hommes de Joël Bouchard deux jours plus tard. Une salle comble au Centre régional K.-C.-Irving était venue assister au coup de grâce, à la crucifixion (en pleine semaine sainte) d’un club qui n’en menait pas large. On pensait déjà au prochain adversaire, en demi-finale…

Le pointage final: Armada 5 Titan 1. Il fallait donc retourner – à reculons, c’est certain – à Boisbriand pour un sixième et peut-être un septième match.

La série venait de se jouer là.

Mardi soir, les joueurs du Titan ont quitté la patinoire du Centre d’excellence Sports Rousseau de Boisbriand la tête entre les jambes, encore incrédules à l’idée que les vacances forcées venaient à peine de commencer, pendant que de l’autre côté de la patinoire, les hommes en noir et blanc jubilaient d’avoir réussi ce rare exploit de combler un retard de 1-3 dans cette série.

Il ne faut pas être un grand devin pour s’imaginer le retour en autobus de l’équipe jusqu’à Bathurst. Ça devait être très tranquille dans le véhicule. Des regards perdus. Des yeux embués de larmes. Des muscles fatigués. Des bobos qui font soudainement plus mal qu’à l’habitude. Probablement un peu de colère aussi, mélangé à de la frustration de ne pas avoir réussi à fermer les livres malgré trois chances d’y arriver. Des milliers de scénarios devaient trotter en succession dans la tête des joueurs et de l’organisation. Pourquoi c’est arrivé? Comment c’est arrivé? Qu’est-ce qu’on aurait pu changer? Le sommeil a été plus difficile à trouver.

Pour certains, c’est une fin décevante d’une excellente saison. Mais au moins, ils auront la chance de se reprendre. Le prochain camp d’entraînement arrivera bien assez vite. Pour d’autres, c’est cependant la fin des émissions. Ce n’est certainement pas comme ça que Christophe Boivin, Zachary Malatesta et Rodrigo Abols, les trois joueurs de 20 ans du club, imaginaient leur fin de carrière dans le hockey junior majeur. On rêve toujours de terminer en champions, de soulever la coupe à travers les cris de joie, mais la réalité est que très peu ont cette chance.

On dit qu’il faut apprendre à perdre avant de gagner. Le Titan a dépassé ce stade maintenant. Il suffit de voir comment cette équipe s’est hissée parmi les meilleures du circuit Courteau cette saison après toutes ces années de vaches maigres. Elle est passée de la 14e place à la sixième position au classement général. Elle a tenu son bout dans la très compétitive division des Maritimes. Elle a remporté brillamment une ronde éliminatoire, une première en huit ans. Et avec un peu plus de chance, elle se préparerait à affronter en demi-finale les Islanders de Charlottetown, leur bête noire en saison.

Les amateurs feraient la file aux guichets du Centre régional K.-C.-Irving afin d’obtenir des billets pour les matchs de la semaine prochaine. Les partisans spéculeraient sur le résultat de cette confrontation. Le Titan en six? Les Islanders en sept?

Si le Titan a maintenant appris à gagner, il doit maintenant passer au prochain niveau du jeu. Il doit apprendre à être meilleur. Comme l’Armada l’a démontré cette semaine. Alex Barré-Boulet, Pierre-Luc Dubois et surtout le gardien Samuel Montembeault ont transporté cette équipe quand c’était le temps; ils ont été fidèles à leur réputation. Quand ils ont décidé de passer en cinquième vitesse, le Titan a été incapable de suivre leur intensité.

Les Jeffrey Truchon-Viel, Antoine Morand, Noah Dobson et tous les autres qui porteront l’uniforme bourgogne dès cet automne doivent saisir le message. Il ne suffit plus d’être très bon maintenant. Ce n’est désormais pas assez.

Cela veut dire amener son jeu individuel et collectif à un autre niveau. Cela veut dire donner l’effort supplémentaire pendant chaque entraînement, pendant chaque exercice. Cela veut dire construire une cohésion plus solide pendant l’attaque vers la zone adverse. Cela veut dire donner un coup de patin de plus dans le repli défensif. Cela veut dire élever ses attentes et tout faire pour les atteindre.

Tous les analystes prétendent que le Titan d’Acadie-Bathurst se situera dans le tiers des meilleures formations de la LHJMQ la saison prochaine. Un championnat de la division des Maritimes n’est certes pas impossible. La lutte sera probablement très forte avec les Screaming Eagles du Cap-Breton et les Mooseheads d’Halifax, alors que Moncton sera un club en progression. Charlottetown et Saint-Jean amorceront, pour leur part, leur transition, mais ces clubs demeureront de bons compétiteurs.

Comme on dit souvent dans la hockey, la «fenêtre d’opportunité» est maintenant ouverte pour le Titan. Pour y arriver, les hommes de Mario Pouliot sont condamnés à battre les bonnes équipes.

Ils sont condamnés à être meilleurs. Rien de moins.