Robert Dutton quitte la direction de Rona

MONTRÉAL – Après plusieurs années difficiles, Rona (TSX:RON) a annoncé vendredi le départ de son grand patron, Robert Dutton, qui travaillait pour le détaillant québécois depuis 1977 et qui dirigeait ses destinées depuis 1992.

«Sous son impulsion, Rona a pris de l’expansion hors de son marché d’origine, jusqu’alors confiné au Québec, pour devenir le leader canadien de la quincaillerie-rénovation», a noté l’entreprise dans un communiqué.

«Au cours des 20 années de sa présidence, les ventes consolidées ont progressé de 450 millions $ à plus de 4,8 milliards $, alors que le réseau est passé de moins de 500 magasins affiliés à plus de 800 magasins affiliés, franchisés et corporatifs», a ajouté Rona.

En 2006, M. Dutton avait même eu l’ambition de pousser l’expansion de Rona jusqu’aux États-Unis. En 2010, même après avoir mis ce rêve en veilleuse, il croyait encore possible pour l’entreprise de Boucherville de grimper du septième au troisième rang nord-américain de son secteur d’ici 2020.

Mais le ralentissement immobilier et la concurrence sans relâche des géants américains Home Depot et Lowe’s auront plutôt contraint Rona à décupler ses efforts pour préserver ses parts de marché au Canada. Cela ne s’est pas fait sans heurts: les profits nets de l’entreprise reculent depuis cinq ans.

«On voyait que quoi que faisait M. Dutton, les résultats ne venaient pas», a commenté Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance et ancien numéro 2 de la Caisse de dépôt et placement du Québec, au cours d’un entretien téléphonique.

Le départ de Robert Dutton survient un peu plus de trois mois après le rejet par Rona d’une offre d’achat hostile de 1,76 milliard $ présentée par Lowe’s. Les franchisés Rona, les partis politiques québécois et la Caisse de dépôt et placement avaient unanimement salué cette décision de l’entreprise.

Celui-ci estime que le départ de Robert Dutton diminue la probabilité que Lowe’s revienne à la charge pour Rona, du moins à court ou moyen terme.

Jeudi, déjà, l’analyste Keith Howlett, de Valeurs mobilières Desjardins, soutenait que les résultats du troisième trimestre de Rona, publiés cette semaine, étaient «si mauvais qu’ils réduisent la probabilité que Lowe’s aille de l’avant avec une transaction».

Mais Irwin Michael, gestionnaire de portefeuille chez ABC Funds, le quatrième plus important actionnaire de Rona avec 3 % des titres en circulation, a déclaré vendredi que l’entreprise devrait songer à amorcer des pourparlers avec Lowe’s.

Une porte-parole de Lowe’s, Julie Yenichek, n’a pas voulu dire vendredi si l’entreprise était toujours intéressée par Rona, se contentant de répéter qu’aucune discussion n’a eu lieu depuis le rejet de son offre, à la fin juillet.

Quoi qu’il en soit, des études ont montré que le cours des actions des entreprises augmente en moyenne de 15 à 20 % dans l’année suivant un changement au poste de PDG, a rappelé Michel Nadeau.

Comme le prévoit son contrat d’emploi, M. Dutton aura droit à une indemnité de départ d’environ 1,75 million $, soit l’équivalent de deux ans de son salaire de base.