Les personnes âgées sont vulnérables aux fraudes

CALGARY – Les personnes âgées sont souvent victimes de fraudes de la part d’étrangers, mais les escrocs peuvent également être des membres de leur famille.
Lauren Krugel

Il y a quelques années, Mabel Fielding a reçu un appel inusité. Un type qui affirmait être son petit-fils la suppliait de lui envoyer de l’argent immédiatement alléguant avoir été incarcéré après un mariage, quelque part dans l’est.

Âgée de 88 ans, la résidante de Hanna, en Alberta, ne lui a même pas posé de questions étant donné qu’elle savait que son petit-fils travaillait comme photographe pour les mariages.

«Toute l’histoire semblait se tenir, spécialement lorsqu’ils ont dit qu’ils étaient à un mariage et tout cela.»

Mme Fielding s’est précipitée à la banque pour secourir celui qu’elle croyait être son petit-fils, mais quelqu’un l’a avertie qu’il y avait une arnaque qui circulait. En effet, des fraudeurs appelaient des personnes âgées, prétendant qu’ils étaient leurs petits-enfants et qu’ils avaient besoin d’aide pour se sortir du pétrin.

«J’aurais dû lui demander: “lequel de mes petits-fils es-tu?”», a expliqué Mabel Fielding, en précisant qu’elle s’est ensuite rendue au poste de la Gendarmerie royale du Canada.

Peu de temps après, Mme Fielding a eu un appel semblable. Cette fois, c’était une fausse petite-fille.

«Maintenant je suis un peu plus prudente, dit-elle, mais lorsque vous avez de petits-enfants, vous voulez toujours les aider, parfois trop même.»

Dans le cas de Mme Fielding, il s’agit d’une tentative d’escroquerie de la part de faux parents, mais il arrive trop souvent que la fraude vienne de quelqu’un de la famille.

Les Kotzer, un avocat de la région de Toronto, a vu plus d’un cas d’enfants peu scrupuleux abuser de leurs parents âgés. Lui et son collègue Barry Fish ont compilé ces histoires d’horreur dans leur livre Where there is an Inheritance (Là où il y a un héritage).

Selon Les Kotzer, les baby boomers seraient au coeur du problème. Ces derniers sont criblés de dettes. À l’inverse, leurs parents, qui ont vécu la crise de 1929, se sont privés, ont économisé tout au long de leur vie en vue de se bâtir une bonne réserve pour leur retraite.

Les conditions entourant les prêts que les parents font à leurs enfants devraient être assortis de conditions claires, souligne Les Kotzer.

Une de ses connaissances a prêté un somme totale de 250 000 $ à sa fille et à son fils. Lorsque son mari est mort et qu’elle a eu besoin de cet argent, ses enfants ont refusé de la rembourser alléguant qu’ils croyaient que c’était un cadeau.

Me Kotzer met également en garde les parents qui seraient tentés de céder à d’autres le contrôle de leurs avoirs. Une autre femme avait ajouté le nom de son fils comme copropriétaire de sa maison afin d’éviter des problèmes de succession à son décès.

Lorsque son fils a déclaré faillite et que les créditeurs sont venus frapper à sa porte, elle a dû en assumer les conséquences.

«Soyez très vigilants lorsque vous confiez le contrôle de vos finances à vos enfants», précise-t-il.

Il suggère la même prudence en ce qui a trait au testament. Lorsqu’il reçoit ses clients pour discuter de leur héritage, Me Kotzer ne laisse pas entrer leurs enfants dans le bureau. Il est important, selon lui, de traiter avec un expert indépendant et objectif.

Il souligne d’ailleurs que les parents devraient y penser à deux fois avant de confier à leurs enfants la responsabilité de rédiger un testament pour eux. «C’est une bombe à retardement.»

L’intervenante Catherine Fallon, travailleuse des services d’approche au Calgary Seniors’ Resource Society, a souvent traité des cas d’abus financier.

«Une dame a découvert à un moment donné que son petit-fils n’utilisait pas l’argent qu’elle lui octroyait pour payer ses études, mais pour payer ses dettes de drogues.»

La grand-mère n’a jamais pu récupérer son argent.

Les personnes âgées qui sont sollicitées pour fournir de l’argent, que ce soit par des membres de la famille ou des arnaqueurs par téléphone, devraient faire confiance à leur instinct, précise Catherine Fallon.

«Si vous sentez qu’il y a trop de pression, que vous n’êtes pas très heureux de cette demande, il vaut mieux être vigilant et répondre que vous allez y penser avant de signer quoi que ce soit, que vous préférez prendre quelques informations auparavant.»

Environ un tiers des Canadiens ont déjà été contactés pour des offres d’affaires frauduleuses, selon Lorinda Brinton, conseillère en investissement pour la commission des valeurs mobilières d’Alberta.

Tout le monde peut être victime d’un escroc, mais dans le cas d’une personne âgée, le drame c’est qu’elles ont moins de temps pour se refaire financièrement.