La grève des bagagistes d’Air Canada est terminée

 MONTRÉAL – Des centaines de passagers d’Air Canada et d’autres transporteurs ont été forcés de revoir leurs plans, vendredi matin, à la suite d’un débrayage spontané et illégal des bagagistes d’Air Canada, apparemment provoqué par une saute d’humeur de la ministre fédérale du Travail, Lisa Raitt.

Des dizaines de vols vers des destinations canadiennes et américaines ont été annulés ou retardés à la suite de cet arrêt de travail qui a principalement affecté les aéroports Lester-B.-Pearson, de Toronto, et Pierre-Elliott-Trudeau, de Montréal.

Le débrayage a pris fin aux environs de 10 h 30 mais non sans avoir causé des perturbations majeures dans le transport aérien.

Selon les représentants de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), le tout a débuté lorsque la ministre fédérale du Travail, Lisa Raitt, a été accueillie par des applaudissements sarcastiques à son arrivée à l’aéroport Pearson, jeudi soir, quand des travailleurs l’ont reconnue.

«Mme Lisa Raitt nous a enlevé le droit fondamental de grève, a raconté le porte-parole syndical des bagagistes à Montréal, Richard DeStephano. Hier soir (jeudi), lorsqu’elle est débarquée de l’avion, les gars lui ont émis leur opinion et puis elle a fait une plainte à Air Canada. Air Canada a appelé les services de sécurité, ils leur ont retiré leurs passes de travail et les gars ont été suspendus.»

Ce sont ces suspensions qui ont déclenché la chaîne d’événements menant au débrayage spontané des syndiqués, dont les négociations pour le renouvellement de leur convention collective s’avèrent ardues.

«Si on ne peut plus émettre notre opinion en plus de se faire enlever notre droit de grève, assez c’est assez», a laissé tomber M. DeStephano. «C’est la goutte qui a fait déborder le vase. Ça fait 10 ans que les gars se font barouetter, se font menacer, etc., sans augmentations salariales ou rien, mais les grands patrons, eux, reçoivent des millions à tous les ans en bonus», a-t-il ajouté.

Les employés sont rentrés au travail lorsqu’un arbitre a émis une injonction en ce sens, tout en assurant les syndiqués qu’ils pourraient tous réintégrer leurs fonctions sans pénalité.

La direction d’Air Canada a toutefois refusé de confirmer cette version des faits, ou même que la ministre ait porté plainte.

«Pour tout ce qui touche les relations de travail, nous gardons les discussions à l’interne et n’en parlons pas sur la place publique», a indiqué la porte-parole du transporteur, Isabelle Arthur.

De son côté, le bureau de la ministre Raitt a simplement réagi par voie de communiqué, ne faisant référence qu’au débrayage sans faire allusion de quelque manière que ce soit à l’incident qui y aurait mené.

«Le gouvernement du Canada s’oppose à la grève illégale qui perturbe les déplacements des Canadiens», peut-on lire dans le communiqué. «Si le geste de l’AIMTA devait être déclaré une grève illégale par le Conseil canadien des relations industrielles, les employés pourraient s’exposer à des amendes pouvant atteindre 1000 $ par jour et le syndicat pourrait s’exposer à des amendes pouvant atteindre 100 000 $ par jour», ajoute-t-on.

Pendant ce temps, des centaines de passagers se voyaient plongés dans l’incertitude alors que leur vol était annulé ou retardé faute de manutentionnaires pour leurs bagages.

«On se fait transférer d’un bord à l’autre», a indiqué Édith Tanguay, naufragée à l’aéroport Montréal-Trudeau alors qu’elle devait se rendre à Kansas City pour un congrès scientifique.

«Il n’y a personne qui nous dit la même chose. C’est vraiment désagréable parce que c’est pas de notre faute ce qui se passe, mais c’est nous qui en subissons les conséquences», a-t-elle ajouté.