L’époque du crédit facilement accessible achève

Par Patrice Côté

EDMUNDSTON – C’est ce mardi que la Banque du Canada va procéder à la révision de son taux directeur. Les analystes s’attendent à ce que la banque centrale maintienne le statu quo, mais ce ne serait qu’une question de temps avant que le taux commence à grimper.

Le taux directeur, qui est revu huit fois par année à des dates prédéterminées par le gouverneur Mark Carney et son équipe, a un impact direct sur les taux d’intérêt qui sont offerts par les grandes institutions financières du pays.

Donc, si, mardi, la Banque du Canada annonce que le taux directeur est reconduit, on peut s’attendre logiquement à ce que les taux d’intérêts payés sur les emprunts et empochés sur les placements demeurent sensiblement les mêmes dans les caisses et les banques.

Depuis septembre 2010, le taux directeur de la Banque du Canada s’élève à un taux exceptionnellement faible de 1 %. En fait, le taux directeur se situe à 1,5 % ou moins depuis plus de trois ans, offrant ainsi aux consommateurs un accès facile et abordable au crédit. Cette époque sera toutefois bientôt révolue.

De nombreux indices (lire encadré) laissent présager que le taux directeur devrait augmenter graduellement d’ici la fin de l’année (les prochaines révisions auront lieu en juin, en juillet et en septembre). Parce que selon André Leclerc, titulaire de la Chaire des caisses populaires acadiennes en gestion des coopératives à l’Université de Moncton, la situation actuelle sera bientôt «intolérable».

En baissant son taux directeur au plus fort de la crise financière (le taux a atteint un plancher de 0,25 % en avril 2009, voir tableau), explique M. Leclerc, le gouvernement a atteint son objectif de stimuler l’économie en donnant aux Canadiens des conditions propices à l’emprunt.

Maintenant que la relance économique est solide, la Banque du Canada doit revenir à un taux directeur plus normal afin d’éviter que les Canadiens continuent de s’endetter, avance M. Leclerc.

Si les épargnants et ceux qui vivent de leurs placements vont se réjouir d’une hausse prochaine du taux directeur (une hausse des taux d’intérêt se traduira par un meilleur rendement de leurs économies), la très grande majorité des Canadiens doivent se préparer à payer davantage pour éponger leurs dettes.

Or, c’est justement le niveau préoccupant du taux d’endettement des ménages qui empêche Mark Carney d’augmenter le taux directeur de façon draconienne.

Si jamais les taux d’intérêt devaient augmenter de 2 ou 3 % en un an, de nombreuses familles se verraient dans l’impossibilité de s’acquitter de toutes leurs dettes – principalement leur hypothèque et leurs cartes de crédit (lire encadré).

Le 8 avril, Mark Carney avait d’ailleurs affirmé «qu’environ 10 % des Canadiens sont vulnérables si les taux d’intérêt reviennent à la normale, et les taux d’intérêt vont revenir à la normale».

Une chose semble donc certaine: le taux directeur va augmenter dans un avenir rapproché, entraînant dans son sillage les taux d’intérêt. Selon M. Leclerc, un taux d’intérêt «normal» se situerait autour de 3 %. Les Canadiens peuvent toutefois se rassurer, la hausse des taux d’intérêt devrait se faire tout en douceur.

«Dans le passé, il est déjà arrivé que le taux directeur soit modifié très rapidement au Canada», souligne M. Leclerc, citant au passage la dernière crise financière, où le taux avait chuté de 3 % à 0,25 % en l’espace d’un an.

«Mais parce que nous sortons d’une crise financière majeure et que la reprise économique mondiale est fragile, la Banque du Canada va opter pour la prudence», ajoute-t-il, précisant que des hausses d’un quart ou d’un demi-point à chaque nouvelle mise à jour seraient dans la logique des choses.

Quant à savoir à quel moment le taux directeur devrait atteindre le cap «normal» des 3 %, M. Leclerc se montre prudent, avançant que mai 2014 serait une cible réaliste.

La fin du statu quo

EDMUNDSTON – De nombreux signes pointent vers une augmentation prochaine du taux directeur de la Banque du Canada, selon l’économiste André Leclerc.

Tout d’abord, un rapport rendu public la semaine dernière démontrait une importante hausse de l’optimisme des entreprises. «C’est signe que l’économie va bien», avance celui qui est professeur au Campus d’Edmundston.

Toujours la semaine dernière, nous avons appris que le taux de chômage avait chuté au Canada, pour atteindre 7,2 % – le plus bas taux enregistré au pays depuis 2009. M. Leclerc ajoute que nous assistons à une accélération de la croissance économique qui dépasse les prévisions initiales de la Banque du Canada.

À cela, il faut ajouter que l’inflation est maîtrisée et que le taux d’endettement des ménages est élevé, ce qui tend vers la fin de l’accès facile au crédit, donc, d’une hausse du taux directeur.

Dans sa dernière révision du taux directeur (le 8 mars), le gouvernement de la Banque du Canada a de plus, selon les analystes, tenu un discours qui préparait les citoyens du pays à une hausse prochaine des taux d’intérêt. – PaC

Les consommateurs doivent se préparer

EDMUNDSTON – «Préparez-vous!» Tel est le message que lance l’économiste André Leclerc aux consommateurs à l’aube d’une éventuelle hausse du taux directeur de la Banque du Canada.

Selon M. Leclerc, ce sont les propriétaires qui ont choisi d’opter pour une hypothèque à taux variable qui vont écoper le plus quand la Banque du Canada va décider de hausser son taux directeur. Si les taux d’intérêt augmentent de 1 % en un an, ces consommateurs devront s’assurer de bénéficier de la liquidité nécessaire pour effectuer des paiements plus élevés.

Une autre catégorie, les gens qui doivent se préparer sont ceux qui ont l’habitude d’acheter à crédit.

«Quand elle prête de l’argent, une institution financière tient généralement compte de la capacité de payer de l’emprunteur en fonction d’une hausse des taux d’intérêt, explique M. Leclerc. Ce n’est toutefois pas le cas pour tous les types de crédit.»

Par exemple, les gens qui disposent d’un solde important sur deux ou trois cartes de crédit ou dont la marge de crédit est fortement entamée seront très touchés par une hausse des taux d’intérêt.

«Les gens doivent se demander si, par exemple, les taux d’intérêt montent de 2 %, ils seront en mesure de s’acquitter de la hausse des paiements que cela entraînera sur leur solde. Ils doivent se préparer en conséquence», souligne André Leclerc. – PaC