Retraite: 13 000 $ de moins dans les poches des Canadiens

CARAQUET – Les récentes mesures adoptées par le gouvernement fédéral concernant le report de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans auront un impact de 13 000 $ sur les finances de tous les Canadiens.

Le moment de la retraite venu, chaque Canadien peut compter sur trois sources de revenus potentiels: les économies et investissements personnels (REÉR, CÉLI, actions, obligations d’épargne), le régime de retraite de son employeur (environ 30 % des Canadiens en ont un) et les prestations de retraite du gouvernement.

Ces prestations de retraite du gouvernement sont de trois formes (en excluant l’allocation au survivant): le régime de pensions du Canada, la sécurité de la vieillesse et le supplément de revenu garanti (qui est offert aux personnes à faible revenu).

Dans son budget, il y a une dizaine de jours, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a annoncé que l’âge d’admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti passera de 65 à 67 ans, à compter d’avril 2023 – seules les personnes âgées de moins de 50 ans sont donc touchées par ces mesures.

C’est donc dire que le Canadien moyen continuera de recevoir les prestations de son régime de pensions du Canada dès l’âge de 65 ans (un montant mensuel moyen de 528 $, selon Service Canada). Et qu’il pourra empocher ses économies personnelles et le régime de retraite de son employeur à l’âge qu’il jugera opportun (ce peut être 55 ou 63 ans, par exemple, mais aussi 68 ou 72).

Le montant de la prestation de la Sécurité de la vieillesse est actuellement de 540 $ par mois, ou 6481 $ par année. Le report de deux ans (de 65 à 67 ans) du paiement de la sécurité de vieillesse représente donc un manque à gagner d’un peu moins de 13 000 $ pour les Canadiens.

Conséquence: pour compenser, les Canadiens devront épargner davantage, ou encore, travailler plus longtemps (lire encadré).
Il faut toutefois bien comprendre une chose: les changements imposés par le ministre Flaherty à la Sécurité de la vieillesse n’entreront en vigueur qu’en 2023. Les Canadiens de moins de 50 ans ont donc beaucoup de temps devant eux pour épargner les 13 000 $ auxquels ils n’ont plus droit.

Selon le consultant en régime de pension et propriétaire de l’entreprise Aucoin Consultants, Réginald Aucoin, bien peu de gens seront forcés de repousser leur retraite en raison des récents changements adoptés par Ottawa.

M. Aucoin affirme d’ailleurs que lorsqu’il effectue le plan de retraite d’un jeune client, il ne tient plus compte depuis plusieurs années déjà de la prestation de Sécurité de la vieillesse. «Rien ne nous dit que le programme ne sera pas modifié ou aboli dans les années à venir», dit-il.

Yves Duguay, planificateur financier certifié à la Fédération des caisses populaires acadiennes, est du même avis.

«Il était un temps où on disait aux gens: ne vous fiez pas au gouvernement pour planifier votre retraite. Avec le vieillissement de la population et l’espérance de vie qui continue d’augmenter, rien ne nous assure que le programme de Sécurité de la vieillesse va encore être repoussé», dit-il.

Pour Yan Rail, courtier chez Rail Services Financiers, à Caraquet, les changements annoncés par Ottawa doivent sonner le réveil des Canadiens.

«Les sommes consenties par Ottawa doivent d’abord servir de revenu d’appoint à la retraite. Elles peuvent aider, mais on ne peut pas uniquement s’y fier pour s’assurer une retraite confortable. De toute façon, rien ne nous dit qu’Ottawa n’apportera pas d’autres changements à ses programmes dans le futur. Le paiement de la Sécurité de la vieillesse pourrait, par exemple, passer à 70 ans.»

Selon le gouvernement du Québec, les régimes publics remplaceront environ 28 % de votre revenu brut de travail quand vous serez à la retraite. Or, pour maintenir son niveau de vie une fois qu’il a quitté le marché du travail, un Canadien a besoin d’environ 70 % de ses revenus annuels bruts de travail.