Le spectre d’une bulle immobilière plane encore sur le Canada

CARAQUET – Le Canada est-il à l’abri d’une bulle immobilière comme celle qui a ravagé l’économie américaine en 2007?

La majorité des experts s’entendent sur le fait que c’est l’accès trop facile à la propriété, une trop grande quantité de liquidités sur le marché et des conditions de crédit «exceptionnelles» au niveau des emprunts à risques qui sont à l’origine de la bulle américaine – la plus destructrice de l’histoire moderne selon les analystes.

Or, force est de constater que la situation canadienne ressemble étrangement à ce qui a prévalu aux États-Unis avant que le marché immobilier s’effondre. Le fait que les taux d’intérêt soient actuellement très bas au Canada depuis maintenant quatre ans a facilité l’accès à la propriété et au crédit, ainsi que la spéculation.

Tellement que, selon le gouvernement fédéral, l’endettement des ménages canadiens équivaut à 150 % de leurs revenus disponibles annuels. Pire, ce taux d’endettement pourrait bientôt atteindre 160 %, soit celui qui prévalait aux États-Unis avant la chute du marché immobilier.

En décembre 2011, la financière Merrill Lynch affirmait dans un rapport que le marché immobilier canadien «présentait les symptômes classiques d’une bulle immobilière», le marché étant surévalué d’environ
10 %. Toujours selon ce rapport, un retour au taux d’intérêt «normaux» entraînerait une surévaluation de 25 %.

À la fin avril, le Fonds monétaire international a prévenu le gouvernement canadien que le marché immobilier du pays est «potentiellement vulnérable du fait du niveau élevé du prix (des maisons) et de l’endettement croissant des ménages», précisant toutefois que le Canada est en meilleure posture que les États-Unis l’étaient au moment de la crise.

Au début avril, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a invoqué la possibilité d’intervenir par le biais de la politique monétaire de la banque centrale si jamais la situation devenait hors de contrôle.
Pour freiner l’accès au crédit, le gouverneur pourrait hausser le taux directeur de la Banque du Canada. M. Carney a toutefois les mains liées par la récente décision de la Réserve fédérale américaine qui entend maintenir son taux directeur inchangé d’ici la fin de 2014.

Reste que le gouverneur est inquiet. Si les taux d’intérêt se mettent à grimper en même temps que le prix des maisons s’effondre – comme cela est arrivé aux États-Unis récemment -, la valeur des actifs des propriétaires canadiens baissera et le fardeau des dettes augmentera. C’est à ce moment que la bulle pourrait éclater.

En entrevue avec la Presse Canadienne, M. Carney affirme avoir parlé directement aux banques pour qu’elles resserrent leur politique de prêt.

Or, les récentes offres de certaines grandes banques à chartes canadiennes, qui ont offert pour un certain temps des hypothèques à taux fixe de cinq ans à un taux d’intérêt de moins de 3 %, ne font rien pour arranger les choses (lire encadré).

Les experts à qui nous avons parlé ne craignent toutefois pas que le marché immobilier canadien s’effondre.

D’un côté, Bruno Noël, de Placement Acadie, estime que les Canadiens sont préparés à une hausse éventuelle des taux d’intérêt. «Du moins, j’ose croire», affirme-t-il.

Quant à l’économiste André Leclerc, il croit que le gouverneur Carney doit poursuivre ses efforts afin de réduire l’accès au crédit hypothécaire afin de limiter la spéculation. Pour ce faire, le gouvernement canadien pourrait, par exemple, imposer que la mise de fonds minimale pour l’achat d’une maison (actuellement de 5 %) soit majorée.