Des entreprises reprennent vie dans la Péninsule acadienne

Des entreprises et des commerces à vendre trouvent preneurs dans la Péninsule acadienne. Le phénomène est bénéfique pour le dynamisme local, disent les acteurs économiques. Exemples concrets à Tracadie et à Bertrand.

La première fois que Katie Savoie a franchi la porte du gîte Le Château d’Acadie, à Tracadie, elle est tombée en amour avec cette maison construite à côté de l’église, dans les années 1930.

«C’était en 2015. À l’époque, je voulais devenir ma propre patronne. J’avais suivi des études en gestion d’hôtel et de restaurant à l’Île-du-Prince-Édouard», se souvient-elle.

La salle à manger avec ses boiseries lui rappelant le style anglais des maisons victoriennes l’avait particulièrement séduite; elle reste sa pièce préférée.

S’imaginant aisément à la tête de cet établissement de cinq chambres, Katie Savoie a manifesté son intérêt auprès des propriétaires. Mais faute de trouver un accord avec eux et sans le soutien des banques, elle a dû renoncer.

«J’avais fait le deuil de mon rêve», assure-t-elle.

La vie réserve bien des surprises. Les vendeurs se sont séparés. Pressés de céder leur bien, ils ont republié, cette année, une annonce sur internet, affichant un prix inférieur.

«Nous nous sommes finalement entendus cet été.»

Depuis la rentrée, elle et son frère, Edward Gee, sont les nouveaux responsables du gîte.

«Septembre a été un mois chargé. Ç’a été un sacré baptême du feu», souligne-t-elle.

Travailler en famille peut se révéler désastreux. Pas dans ce cas-ci.

«On se parle beaucoup. La communication est la clé», confie-t-il.

«Cette collaboration nous rapproche», ajoute-t-elle.

Leur objectif est de rebâtir la clientèle de cette auberge qui, après des années fastes début 2000, était tombée en sommeil. Un vaste projet qui leur demande beaucoup.

«C’est très prenant, reconnaît Katie Savoie. On ne compte pas nos heures et on travaille sept jours sur sept. Toute ma vie tourne autour du gîte présentement. J’y pense tout le temps.»

Ce qui se répercute inévitablement sur sa vie de famille, mais elle sait qu’elle peut compter sur ses proches.

«Mon mari et mes enfants me soutiennent.»

Pour Edward Gee, cette nouvelle activité s’accompagne d’un changement de vie radical. Il travaillait dans l’aviation en Colombie-Britannique et ne maîtrise pas parfaitement la langue française. Il ne regrette pas son choix.

«J’aime le Nouveau-Brunswick. C’est calme, les gens sont accueillants et toujours prêts à vous aider. Ce n’est pas comme là où j’étais avant. Les relations humaines y étaient plus froides», décrit-il.

En dépit des défis auxquels ils sont confrontés, ils se sentent dans leur élément.

«Je suis sociable. J’aime échanger avec le monde, se définit-elle. Depuis qu’on a commencé, on a accueilli des Canadiens, mais aussi des Suisses, des Africains… C’est formidable, je voyage à travers mes clients.»

Motivés par leurs débuts prometteurs – les réservations affluent -, le frère et la sœur ont le projet de proposer un service de restauration en plus de celui d’hébergement. Ils attendent l’autorisation.

«On aimerait ouvrir notre restaurant en janvier.»

Lise Thériault et Marco Plourde débordent, eux aussi, d’ambitions pour les Camping Colibri de Bertrand et de Caraquet qu’ils ont acquis l’année dernière pour le premier et cette année pour le second.

«On vient d’installer une nouvelle zone récréative pour les moins de 12 ans à Bertrand avec un grand bassin, des jets d’eau et des structures pour s’amuser (coût de l’investissement: 150 000$, NDLR). On aimerait avoir un réseau sans-fil plus performant et on a encore plein d’autres projets», révèle cet ancien employé dans le domaine financier qui, comme sa femme, a quitté sa situation confortable pour tenter l’expérience de l’entrepreneuriat.

Leur rythme de travail n’a plus rien à voir avec ce qu’il était.

«En été, on fait deux semaines en une. En hiver, on s’occupe des travaux. On profite mieux de nos fins de semaine, mais il y a toujours quelque chose à faire. C’est du travail acharné», poursuit-il.

Ils croyaient dans le potentiel de leurs infrastructures touristiques. C’est ce qui les a motivés à réorienter leur vie professionnelle. Un changement de cap qu’ils assument pleinement.

Leurs efforts paient. Leur taux d’occupation pour la saison estivale a atteint 79%. Ce mois-ci, ils ont reçu le label de l’association Good Sam qui recense et classe les campings d’Amérique du Nord.

«On ne s’attendait pas à l’avoir si tôt. Cette distinction récompense notre implication et nous pousse à continuer. On espère accueillir plus de visiteurs américains.»

Cet été, la clientèle en provenance des États-Unis représentait un peu plus de 2%. n

De bonnes nouvelles

Les responsables des chambres de commerce de la Péninsule acadienne s’accordent à dire que la reprise entrepreneuriale est essentielle pour le dynamisme économique local.

«Les commerces et les entreprises, c’est ce qui fait vivre un village, ce qui attire et retient les gens dans notre région», considère Eugène Chiasson, le président de la chambre des îles Lamèque et Miscou.

«Une ville où les commerces ferment les uns après les autres devient une ville fantôme. Malheureusement, il y a encore des bâtiments commerciaux vacants dans notre centre-ville», déplore Marie-Lou Noël, celle de la chambre de Shippagan.

Cette dernière ajoute que la question est aussi un défi lié à la rentabilité.

«Beaucoup de dirigeants n’ont pas investi suffisamment dans leur entreprise pour lui donner de la valeur. Au moment de la céder, ils se retrouvent face à des repreneurs hésitants parce qu’ils savent qu’ils devront, en plus du prix d’achat, réinjecter de l’argent pour la revaloriser.»

S’appuyant sur les études d’experts financiers, elle assure qu’une entreprise lucrative ne reste jamais longtemps sur le marché.

De son côté, Eugène Chiasson se réjouit d’observer des jeunes se lancer en affaires dans les îles.

«Ils sont attirés par la qualité de vie. On n’a pas l’achalandage des grandes villes, mais on a autre chose à offrir. Il y a des possibilités de réussir par chez nous. Ça prend juste des personnes audacieuses qui osent se lancer dans l’aventure.»