Économie du Nouveau-Brunswick: 2017 sous le signe de l’incertitude

Les analystes peinent à s’entendre sur les perspectives économiques pour le Nouveau-Brunswick. Entre le changement d’administration aux États-Unis et la fluctuation des prix, la province n’a pas totalement son sort entre ses mains. Les attentes des entreprises envers le gouvernement sont nombreuses.

Le Conference Board du Canada s’attend à ce que l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick connaissent une meilleure croissance économique l’an prochain. L’organisme spécialisé dans l’analyse économique prévoit la progression des secteurs du tourisme, de la foresterie, de l’agriculture et de la pêche.

Il avance que le Nouveau-Brunswick devrait voir son produit intérieur brut (PIB) réel progresser de 1,4% en 2017. L’économie provinciale profitera de la hausse des exportations vers les États-Unis et à l’étranger, stimulée par la baisse du dollar canadien et une croissance plus soutenue de l’autre côté de la frontière.

«Malgré l’imminence de l’imposition de droits sur le bois d’œuvre, la forte activité dans le secteur de la construction de bâtiments aux États-Unis soutiendra le secteur forestier, qui devrait afficher de la croissance en 2017. Le secteur de la construction de la province gagnera aussi 6,2% en 2017», peut-on lire dans le rapport.

Après une perte de 1000 emplois cette année, les perspectives du marché du travail sont favorables. Le Conference Board prévoit la création de quelque 4600 nouveaux emplois d’ici la fin de 2018. Malgré ces gains d’emploi, la hausse de la TVH à 15% devrait entraîner une baisse de 1% des dépenses de consommation des ménages et une légère contraction des ventes au détail.

La Banque Royale du Canada (RBC) est cependant bien plus pessimiste. Preuve que l’économie n’est pas une science exacte, l’institution financière estime que le PIB de la province n’augmentera que de 0,5% l’an prochain.

«Nous croyons que les perspectives d’accélération de la croissance sont maintenant limitées puisque les tendances démographiques sont défavorables (notamment parce que la population en âge de travailler diminue) et que de sombres perspectives en matière de dépenses en immobilisations restreignent le potentiel de croissance de la province», écrit l’économiste de RBC Gerard Walsh.

Selon lui, le secteur privé devrait continuer à embaucher davantage, contrairement au secteur public. «Le gouvernement provincial est encore aux prises avec un important déficit, qui donne donc peu espoir qu’il se mettra bientôt à embaucher.»

L’économiste rappelle qu’une partie du secteur des matières premières a été malmenée en 2016. Les exportations de produits miniers ont fléchi de plus de 50% à la suite de la fermeture de la mine de potasse de Picadilly, tandis que les livraisons de produits pétroliers ont diminué de 19% depuis le début de l’année.

Le monde des affaires dans l’incertitude

Si les exportations de produits forestiers et de papier ont progressé grâce aux mises en chantier aux États-Unis, M. Walsh s’inquiète de l’expiration de l’Accord sur le bois d’œuvre.

Grâce à cet accord de 2006, le bois d’œuvre provenant les provinces maritimes n’était pas assujetti aux taxes à l’exportation ni aux quotas sur les exportations à destination des États-Unis. Or, la négociation d’une nouvelle entente est au point mort et la nouvelle administration américaine risque d’imposer des mesures protectionnistes.

L’économie du Nouveau-Brunswick reste très dépendante de l’économie américaine alors que 90% des exportations internationales de marchandises de la province prennent la direction des États-Unis.

Le président-directeur général du conseil économique du Nouveau-Brunswick, Thomas Raffy, confirme que la santé de l’économie néo-brunswickoise sera directement liée à la conjoncture internationale.

«Beaucoup de secteurs sont affectés par les marchés internationaux et les politiques d’autres pays. Il faudra attendre de voir quelles décisions prendra Donald Trump. Les promesses électorales sont une chose. Les actions en sont une autre. Plusieurs industries sont donc dans l’attente de ce qu’il se passera chez nos voisins.»

Une longue liste de vœux pour le gouvernement Gallant

Début 2016, les membres du CÉNB avaient pointé du doigt le manque de vision de la province en matière de développement économique. En septembre, le gouvernement a rectifié le tir en présentant son Plan de croissance économique du N.-B.

«Ce qu’on voudrait voir pour 2017 c’est plus de détails, plus de données mesurables, d’objectifs chiffrés dans ce plan qui reste très général», indique Le PDG du Conseil Thomas Raffy.

«On voudrait aussi plus de présence d’Opportunités NB pour travailler avec nos entrepreneurs et les informer des programmes disponibles.»

Thomas Raffy ajoute que l’accès à la main-d’œuvre qualifiée reste un défi de taille. Le gouvernement doit avant tout miser sur l’éducation et l’innovation, dit-il.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante réalise chaque mois un sondage auprès de 5000 petites et moyennes entreprises au Nouveau-Brunswick. Louis-Philippe Gauthier, directeur des affaires provinciales de la FCEI, assure que le fardeau fiscal demeure en tête des préoccupations des entrepreneurs interrogés.

«Les entreprises expriment que la pression principale relative aux coûts provient des coûts fiscaux et réglementaires. Pour soutenir les PME et l’entrepreneuriat, 78,9% des petites entreprises indiquent que le gouvernement devrait réduire les taxes et les impôts dans leur ensemble», dit-il.

«Les entrepreneurs de la province savent déjà que pour 2017 le salaire minimum sera plus élevé et que le taux de cotisation pour Travail sécuritaire NB sera augmenté considérablement.»

D’après le dernier baromètre de la FCEI, 41% des sondés estiment que leur entreprise se porte bien, un résultat plus encourageant que fin 2015 (34%). En revanche, les plans d’embauche de personnel à temps plein ont été à la baisse tout au long de la deuxième moitié de 2016.

«Les petites entreprises indiquent que les deux facteurs principaux qui limitent leurs ventes ou leur production sont la demande intérieure insuffisante pour leurs produits et services et la pénurie de main-d’œuvre qualifiée», précise Louis-Philippe Gauthier.