Jano revient à la source

Ne cherchez plus une bouteille d’eau de source 83PPM dans les magasins. Désormais, la production de l’entreprise de Village-Blanchard est commercialisée sous le nom de Jano. Pourquoi ce changement? Comment a-t-il été perçu par les consommateurs? Quels impacts a-t-il? C’est ce que nous avons voulu savoir.

Maryse Chiasson, de Saint-Simon, est une fidèle consommatrice de l’eau de source produite près de Caraquet. Elle en boit tous les jours.

Elle a chez elle une fontaine distributrice et achète de grosses bonbonnes de 18,9 litres pour l’alimenter. C’est à peine si elle a remarqué le changement de nom inscrit sur les étiquettes. Depuis octobre, l’eau ne s’appelle plus 83PPM, mais Jano.

«Pour moi, ça ne fait pas de différence. Elle est bonne pareille», considère-t-elle.

Cette nouvelle dénomination a été conçue par l’agence de marketing XYZ, à Moncton, et a été testée lors de plusieurs enquêtes de marché.

Elle ravit les responsables de l’entreprise d’eau embouteillée pour qui il s’agit d’un retour aux origines: l’eau de Village-Blanchard s’appelait ainsi aux débuts de son exploitation, en référence au nom de la source donné par le premier propriétaire.

«Ça passe bien, dans toutes les langues», souligne le directeur général, René Chiasson.

«C’est deux syllabes faciles à prononcer, courtes et percutantes», ajoute le contrôleur, Jacques Lanteigne.

Un changement de nom de produit pour une marque peut se révéler périlleux. Les dirigeants redoutaient une baisse des ventes.

«Elles sont restées constantes. Mieux, elles commencent à monter», observe M. Chiasson.

La nouvelle appellation illustre les ambitions de l’entreprise et le positionnement qu’elle souhaite désormais occuper.

«Des projets s’en viennent.»

Le directeur général espère lancer cette année Château, une autre marque d’eau embouteillée, vendue moins cher que Jano.

«On la proposera uniquement à la caisse, pas à l’unité. Et dans différents formats. Idéalement, j’aimerais la sortir en avril ou en mai.»

René Chiasson a également l’intention d’installer une nouvelle ligne de production. L’équipement proviendra du Japon. Les machines sont déjà achetées, elles doivent être livrées au printemps.

Avec cette ligne, l’entreprise fabriquera elle-même et sur place ses propres bouteilles. Fini les commandes passées à l’extérieur!

En 2016, René Chiasson, qui a pris ses fonctions en 2015, a restructuré le réseau de distribution avec le souci d’optimiser son service de livraison à domicile (ou sur un lieu de travail). À long terme, il souhaiterait acheminer des produits différents que des bouteilles d’eau.

«Ça pourrait être des produits qu’on ferait nous-mêmes ou des partenariats», suggère René Chiasson.

Malgré ses aspirations de grande envergure, il n’entend pas avoir, pour la société locale, les yeux plus gros que le ventre.

«On ne veut pas devenir une méga compagnie. Nos priorités sont de devenir leader au Nouveau-Brunswick (dans la province, 95% des petites bouteilles achetées proviennent du Québec, de Nouvelle-Écosse ou de l’Ontario, NDLR), renforcer notre présence dans les Maritimes et aller titiller les marchés québécois et ontariens.»

L’exportation? Le directeur général y songe, mais pas dans l’immédiat.

«On a reçu des demandes des États-Unis et de Dubaï. C’est flatteur, mais on n’a pas l’expérience et les outils nécessaires.»

Le recrutement, une tâche difficile

La menace des Pêcheries Bas-Caraquet en début de semaine a fait son effet. Lundi, l’entreprise publiait une offre d’emploi prévenant que si elle ne trouvait pas les travailleurs d’usine dont elle a besoin pour la prochaine saison, elle se verrait contrainte de sous-traiter la transformation du crabe en Asie.

«Ça fait six mois qu’on cherche des gens. C’est un vrai défi», expliquait dans l’Acadie Nouvelle le propriétaire, Rodolphe LeBreton.

Le recrutement est aussi un enjeu de taille pour l’entreprise 83PPM eau de source qui produit les bouteilles Jano.

«On pourrait avoir les mêmes difficultés que Pêcheries Bas-Caraquet», admet René Chiasson, le directeur général.

Comme tout employeur, il souhaite disposer d’un personnel engagé. Ce qu’il considère avoir présentement, avec son équipe de 25 employés.

Pour les fidéliser, il met la main à la poche. Les rémunérations proposées sont 30% plus élevées que le salaire minimum, voire plus pour certains postes. Depuis juin, les salariés bénéficient d’une assurance collective.

«Pour qu’une personne aime ce qu’il fait, il faut lui offrir de bonnes conditions de travail», rappelle Jacques Lanteigne, le contrôleur.

La masse salariale de l’entreprise va augmenter. Des embauches sont prévues. Et ce, pour pouvoir doubler la production. Chaque jour, 42 palettes, soit 1100 bonbonnes de 18,9 litres, sont préparées. Sans parler des petits formats.

«J’aimerais mettre en place deux shifts de huit heures de travail. On n’en a qu’un. On va avoir besoin de monde.»