De salariés à propriétaires de PME

Être jeune, se lancer en affaires et réussir, c’est possible! Pas toujours facile, parfois risqué, mais possible. Exemple avec deux entrepreneurs de la Péninsule acadienne.

L’exode des jeunes du Nord-Est du Nouveau-Brunswick est une réalité. Faute de trouver un travail, ils partent vivre ailleurs.

Pour les inciter à rester, la CBDC (Corporation au bénéfice du développement communautaire) promeut l’entrepreneuriat. Vaste aventure qui en effraie certains. Pour d’autres, cela devient un projet de vie.

En 2015, Marc-André Doiron s’est posé beaucoup de questions avant de quitter son emploi pour s’établir à son compte. Il assurait l’assistance technique pour les clients à 2M Distribution, à Caraquet.

«Ce n’était pas évident de démissionner. J’étais bien rémunéré. Ç’a été une décision très dure à prendre. J’avais peur, peur de ne pas avoir de salaires», confie-t-il.

Chez 2M Distribution, le jeune homme évoluait dans son domaine de prédilection: les nouvelles technologies le passionnent. Mais résoudre les problèmes de monsieur et madame tout le monde l’ennuyait plus que cela ne l’épanouissait.

«C’est exigeant.»

Lui se voyait plus en expert informatique pour les entreprises. Rêver sa vie, c’est bien. Vivre ses rêves, c’est mieux! Marc-André Doiron a dépassé ses craintes. Il a lancé Solutions MAD et est aujourd’hui fournisseur de services téléphoniques pour les compagnies et sociétés.

«Mon système permet des économies allant de 100$ à 600$ par mois. Il est fiable, les communications transitent via le réseau internet. Je vends les téléphones, les installe et propose l’assistance-dépannage. Je suis comme Bell ou Rogers, mais en plus petit», décrit-il.

Sa principale difficulté a été de se développer une clientèle. Pour ce faire, pas de recettes miracles. Marc-André Doiron a ciblé celles et ceux qui pourraient avoir besoin de ses services et les a démarchés. Technique gagnante!

«Je suis parvenu à convaincre et je ne suis pas un vendeur de chars», assure-t-il.

En un an, il a installé 200 téléphones dans la Péninsule. Son portefeuille client compte 25 entreprises (cabinet d’avocats, foyer de soins, salon funéraire, clinique…).

Cela fait quatre mois qu’il a implanté ses bureaux dans le complexe industriel de Caraquet «pour plus de visibilité» et embauché une assistante. Fort de ses succès, il envisage d’étendre sa zone de couverture dans la région Chaleur et du côté de Néguac et de Miramichi.

Entrepreneur en pompes funèbres

Luc Benoit aussi connaît la réussite. À 31 ans, il est le propriétaire de la maison funéraire Racicot, une institution dans le genre à Caraquet qui fêtera son 50e anniversaire en 2018.

Rien ne le prédestinait dans cette voie. Après son secondaire, il voulait étudier la médecine.

«La cardiologie, je trouvais ça palpitant», sourit-il, amusé par son facétieux jeu de mots.

Lors d’un stage étudiant, à Tracadie, il a découvert l’univers mortuaire.

«Ça m’a fasciné.»

Employé dans une maison pendant trois ans, il la quitte en 2007.

«Travailler au quotidien avec la mort, je trouvais ça déprimant. Je suis devenu ambulancier. Je pensais que ce serait moins stressant…»

Mais le métier d’embaumeur lui manque. Il propose donc son aide à l’occasion au salon Racicot. En 2009, le propriétaire de l’époque lui fait part de son intention de vendre et lui demande s’il est intéressé. Luc Benoit en parle à un collègue ambulancier.

«On voulait, mais on n’était pas sûr. C’était un gros montant d’argent. Est-ce qu’on était prêt?»

Le duo se lance. Le jeune homme est dans son élément. Il apprend sur le tas ce qu’est la gestion d’une entreprise et du personnel. Depuis 2015, il est l’unique responsable de la maison funéraire. Il a racheté la part de son associé et reste toujours aussi passionné par ce qu’il fait.

«Je me suis beaucoup investi. Je n’ai pas vécu l’insouciance de ma jeunesse, mais je ne le regrette pas. Ce métier m’apporte énormément. Il donne un sens à ma vie. Grâce à lui, je comprends la fragilité de l’existence. Ce qui me fait apprécier encore plus chaque jour qui passe.»

Luc Benoit déborde de projets. En août, il a ouvert un salon à Saint-Isidore. Les croyances face à la mort ont changé et influent sur les tendances.

Les incinérations sont, par exemple, en augmentation. Le propriétaire de Racicot entend s’adapter aux demandes de la population. Il aimerait également développer les funérailles écologiques.

«J’aurais pu faire autre chose de ma vie. J’aurais aimé être artiste. Mais je n’aurais pas été aussi bon que dans ce que je fais présentement. Je me considère comme étant avant-gardiste dans mon domaine.»

Selon Frédérick McGraw, le directeur général de la CBDC de la Péninsule, Marc-André Doiron et Luc Benoit sont «inspirants». Leur parcours illustre combien la jeunesse dans l’entrepreneuriat peut être une force.

«Les jeunes sont dynamiques, ils ont le goût de foncer, ils ne se mettent pas de barrières. C’est un sérieux atout.»

Dans le Nord-Est, les audacieux de la première heure peuvent également compter sur le soutien de la communauté.

«On est une petite place. Les gens se soutiennent», poursuit Frédérick McGraw.

De l’aide financière pour les jeunes enterpreneurs

Comme tout entrepreneur, Luc Benoit et Marc-André Doiron ont eu besoin d’investir une importante somme d’argent pour devenir leur propre patron. Le responsable de Solutions MAD a puisé dans ses économies. Le propriétaire de la maison funéraire Racicot est allé courtiser les banques.

«J’ai essuyé plusieurs refus. Je n’étais pas crédible pour eux parce que je n’avais pas d’expérience», se souvient-il.

Il s’est donc tourné vers la CBDC.

«Quand on est jeune entrepreneur, l’accès au financement est difficile. C’est pourquoi nous offrons un programme de démarrage. Il permet aux personnes qui y souscrivent d’obtenir un prêt allant de 1000 à 225 000$. Les conditions de remboursement sont flexibles», explique le directeur général, Frédérick McGraw.

Sur quels critères, les demandeurs sont-ils sélectionnés?

«On se base sur l’idée de départ, s’il y a un marché et on tient compte de la personnalité du candidat. S’il est dynamique et qu’il croit en son projet, ça joue pour lui.»

La jeunesse, oui; la confiance, aussi!