Les valeurs de Jack

Quand la directrice générale du Nouveau Parti démocratique (NPD), Mme Chantal Vallerand, affirme que les élections du 2 mai 2011 ont permis au parti de s’établir dans toutes les régions du Canada, elle a raison de croire que le parti a été pris beaucoup plus au sérieux par l’électorat canadien. Cependant, la même question revient sur toutes les lèvres des observateurs de la scène politique canadienne: les résultats étaient-ils dus principalement au charisme de Jack Layton, ou les Canadiens épousent-ils les valeurs défendues par le parti?

Au lendemain du débat des candidats à la direction du NPD à Halifax, on ne peut pas dire que la course à la direction du parti soulève les passions ou qu’il alimente le débat politique au pays. Bien sûr, certains partisans du NPD suivent de près ce qui se dit, mais jusqu’à maintenant, rares sont ceux qui pourraient vous dire qui mène dans la course ou citer le nom de tous les candidats en lice.

Avant le congrès qui choisira le prochain chef, les 23 et 24 mars, il reste encore quatre débats des candidats. Ils sont huit, et les plus connus sont Brian Topps, le président sortant du parti et directeur de la campagne électorale de 2011, Thomas Mulcair, l’ex-ministre de l’Environnement du gouvernement Charest et Roméo Saganash, avocat de profession et un porte-parole efficace des Cris du Québec et des autochtones; M. Saganash est aussi connu pour être un «négociateur clé» dans l’élaboration de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Les autres candidats sont sans doute mieux connus dans les rangs néo-démocrates et dans leur région, mais ils n’ont pas d’assises nationales solides auprès de l’électorat de tout le pays. C’est encore à bâtir.

D’un point de vue électoraliste, rien ne presse pour le NPD: les prochaines élections sont encore bien loin. Le nouveau chef du parti aura trois ans pour bien préparer ses troupes aux prochaines élections. Mais l’appui de l’électorat au parti s’effrite rapidement, en particulier au Québec. Négliger de cultiver et d’entretenir l’appui reçu au mois de mai pourrait constituer une pente difficile à remonter.

Pendant ce temps là, à Ottawa, le gouvernement s’active à des transformations profondes qu’il lui tarde de mettre en œuvre: révision des responsabilités fédérales, désengagement vis-à-vis la société civile et l’environnement, prééminence des considérations économiques sur toutes les autres, réforme approfondie du régime de retraite des employés fédéraux, investissement massif dans les forces armées et le système pénitentiaire au détriment d’autres choix d’investissements. Ce ne sont pas les missions d’examen qui manquent pour l’opposition.

Ce qui serait souhaitable pour que le NPD soit efficace comme opposition dans le contexte actuel, face aux changements imminents que veut instituer le gouvernement, ce serait d’élire un chef déjà présent à la Chambre des communes. Si le choix se portait, par exemple sur le président sortant Brian Topps, il faudrait attendre qu’il se fasse élire dans une circonscription avant de le voir assumer son rôle de chef d’opposition.

Actuellement, le premier ministre canadien, Stephen Harper, dispose de la marge de manœuvre qu’il souhaitait pour transformer le Canada à l’image qu’il s’en fait: non seulement a-t-il obtenu la majorité à la Chambre, en bonus, les partis d’opposition, tous les partis d’opposition, sont sans chef permanent, avec tout le flottement que cela implique pour ces partis.

Nous l’avons déjà écrit, mais rappelons quand même que lorsque le message aux Canadiens de Jack Layton a été publié, plusieurs Canadiens se reconnaissaient dans les valeurs sociales et politiques qui y étaient exprimées, selon les sondages qui avaient été publiés quelques jours après la publication du message. Il n’y a donc pas de doute que les valeurs sur lesquelles doit miser le prochain chef du NPD sont celles qu’exprimait Jack Layton dans son message aux Canadiens.

Le succès du prochain chef du NPD passera par sa capacité de rallier l’électorat canadien aux valeurs de Jack Layton, et de les mettre en opposition avec ce qui est en train de se bâtir dans la capitale nationale.