Reculer ou soutenir

À l’approche tant du budget provincial que de celui du palier fédéral, les débats reprennent quant aux choix qui s’offrent aux ministres des Finances pour atteindre des objectifs qui ont été fixés. Selon les philosophies économiques et sociales qui ancrent les positions, tant les objectifs que les mesures à mettre en œuvre diffèrent, parfois considérablement.

Tout en tenant compte des juridictions respectives des deux paliers de gouvernement, la philosophie qui conditionne les décisions envisagées tant à Fredericton qu’à Ottawa s’apparente. Si l’approche du gouvernement provincial et du gouvernement fédéral est semblable, nous sommes loin de l’unanimité. Les positions exprimées par la société civile contrastent avec les décisions déjà annoncées par les gouvernements provincial et fédéral.

Cette semaine, vous avez sans doute lu la page publiée par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui rappelait les résultats d’un sondage à propos des attentes des citoyens du Nouveau-Brunswick à l’endroit de leur gouvernement. La très grande majorité des citoyens accordent une importance à la qualité des services qu’ils désirent recevoir du gouvernement provincial. Ils croient aussi que le gouvernement peut réduire ses dépenses sans pour autant diminuer les services à la population.

Selon le même sondage, les contribuables du Nouveau-Brunswick seraient favorables à un système d’impôt progressif selon lequel chaque contribuable paierait une part d’impôt à la mesure de ses moyens afin de permettre au gouvernement d’offrir à la population un service public valable. C’est une évolution de la pensée collective des contribuables de la province qui, il y a à peine deux ans, s’étaient prononcés contre une hausse des impôts.

La compression tous azimuts des dépenses du gouvernement n’est pas très innovatrice. Depuis vingt ans, plusieurs gouvernements, ici et ailleurs au pays, ont opté pour cette approche en ayant l’objectif d’équilibrer les finances publiques. Ces décisions successives de gouvernements précédents ont fait en sorte que l’on a dégraissé, pour employer une expression courante, deux fois plutôt qu’une l’appareil gouvernemental. Ce n’est pas sans conséquence. On l’a vu dans le retard accusé par Fredericton pour la livraison des cartes d’assurance maladie et les erreurs (présumées) du dernier recensement à Statistiques Canada, pour ne citer que deux cas récents.

Un autre aspect à retenir des dégraissements successifs de l’appareil gouvernemental: chaque fois qu’on revient à cette alternative pour équilibrer les finances publiques, il existe de moins en moins de possibilités de réaliser des économies pertinentes sans toucher à la qualité des services, quand ce n’est pas l’existence même desdits services qui soit touchée. On l’a constaté en éducation, mais aussi en santé.

Il n’y a pas que les syndicats qui conseillent aux gouvernements de considérer des hausses d’impôt pour équilibrer le budget. Le Centre canadien de politiques alternatives, dans une étude réalisée pour le Front commun pour la justice sociale, estime lui aussi qu’il est justifié d’augmenter les revenus de la province en revoyant la structure d’imposition.

Dans un créneau plus traditionnel, n’oublions pas non plus que certaines banques, dont la Banque Royale du Canada, dans leur évaluation de la croissance économique du Nouveau-Brunswick, ont revu à la baisse leur estimation de la progression du produit intérieur brut. On notait que les compressions budgétaires importantes du gouvernement provincial avaient un impact significatif négatif sur l’économie de la province.

L’heure des choix est certainement arrivée. Il est temps que, au provincial et au fédéral, on cesse de considérer l’aide financière à la société civile et les services publics comme des dépenses inutiles. Croire qu’il vaut mieux favoriser la croissance économique par une politique fiscale néolibérale, en comprimant les dépenses pour maintenir les impôts à un niveau le plus bas possible, c’est opter pour une stratégie qui finit par engraisser les dividendes d’actionnaires exigeants, plutôt que d’engendrer des investissements supplémentaires pour stimuler l’économie. Ce n’est pas notre jugement, c’est la conclusion d’une étude spécifique visant à établir si maintenir les impôts le plus bas possible stimule l’économie.