L’optimisme obligé

Depuis l’arrivée du gouvernement Alward, les communiqués de presse du ministère de l’Énergie du Nouveau-Brunswick (ÉNB) se veulent résolument optimistes: ça va bien à Énergie NB. De trimestre en trimestre, on souligne la progression des gains de la société d’État qui réussit à dégager des surplus financiers de ses opérations.

Le message implicite de ces communiqués optimistes sur les performances financières d’Énergie NB est clair: vous voyez bien, se départir d’Énergie NB aurait été une erreur, puisqu’il est possible de rentabiliser ses opérations tout en maintenant des tarifs réduits pour les clients.

Il n’y a pas de doute que la direction d’Énergie NB a continué à progresser en termes de gestion de son fonctionnement. Comme l’affirme le président-directeur général de la société d’État, Gaëtan Thomas, les «initiatives de réduction des coûts commencent à faire une différence substantielle». La question qui demeure, cependant, touche à la situation globale de la société d’État.

Pour maintenir le ton optimiste du communiqué de presse qui rapporte les bénéfices nets avant impôt d’Énergie NB, on se garde bien de souligner que sa dette globale continue à augmenter.

Le gouvernement Lord a fait faire une étude sur Énergie NB avant de procéder à sa restructuration et à la réfection de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau. Voici ce qu’on y lisait à propos de sa situation. «À l’heure actuelle, Énergie NB possède un niveau d’endettement élevé inacceptable, qui résulte principalement du programme agressif des vingt dernières années visant à construire de nouvelles installations de production, d’une part, et d’une défaillance à augmenter les tarifs d’électricité en conséquence pendant cette période, d’autre part. De plus, les problèmes opérationnels de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau posent une contrainte supplémentaire à la capacité d’Énergie NB de rembourser ses dettes. Ce niveau d’endettement élevé constitue le défi le plus important d’Énergie NB. Il s’agit aussi d’une obligation importante pour ses abonnés. L’arrivée de la concurrence dans le domaine de la production d’électricité n’éliminera pas la nécessité de rembourser cette dette. Énergie NB doit désormais équilibrer ses coûts et ses revenus de façon à faire face à ses obligations financières et à réduire son endettement à un niveau plus acceptable.» (1)

Selon les rapports financiers des derniers trimestres, la direction d’Énergie NB semble en bonne voie de relever le premier défi: équilibrer ses coûts et ses revenus pour faire face à ses obligations financières. Toutefois, elle n’est pas encore arrivée à réduire son endettement qui, selon le dernier bilan vérifié d’Énergie NB, a continué à augmenter. À la fin de l’année financière 2008-2009, la dette se situait à 3,9 milliards $; à la fin de 2010-2011, la dette totale était à 4,45 milliards, une augmentation de 536 millions $. (2)

On comprend facilement que, sur le plan politique, le gouvernement Alward a tout intérêt à projeter une image positive de la situation financière d’Énergie NB. La popularité de M. Alward et de son parti, après tout, a été propulsée quand il s’est associé aux opposants du projet de la vente d’Énergie NB à Hydro-Québec. Son pari était que son gouvernement pourrait réussir à redresser la situation financière de la société d’État sans pour autant augmenter de façon substantielle les tarifs aux consommateurs.

Il y a deux ans, le journal a opté pour une position qui était contraire à celle de la plupart des contribuables de la province: nous avions exprimé l’opinion qu’en ayant un opérateur du réseau électrique de la province comme Hydro-Québec, étant donné la santé financière et l’importance de ses moyens, qu’elle était plus apte à redresser la situation globale, et déplorable, d’Énergie NB. Nous applaudissons les efforts et les résultats de la direction d’Énergie NB en vue d’améliorer la situation financière de la société. Il demeure cependant que nous demeurons sceptiques quant à sa capacité de corriger, dans un avenir prévisible, de délester la province, et par conséquent les contribuables, de sa dette astronomique.

(1) On peut lire le rapport sur Internet (http://www.gnb.ca/0085/electric/fele2000.htm).
(2) Le rapport financier peut être lu sur Internet (http://www.nbpower.com/html/fr/about/publications/annual/2010-11AR-FRE.pdf).