Derrière les chiffres

Les révélations de La Presse Canadienne sur les 151 millions $ remis par le gouvernement provincial à des entreprises, qui ont fermé leurs portes ou qui ont fait faillite, ont enclenché une controverse sur la validité de l’aide financière gouvernementale aux entreprises.

Si le «taux d’échec» de 23 % semble élevé, il reste qu’il est prématuré de sauter à la conclusion que l’aide financière gouvernementale aux entreprises devrait être rayée des activités gouvernementales. En ce sens, nous abondons plutôt dans le sens du ministre Paul Robichaud: l’abolition de l’aide financière rendrait le Nouveau-Brunswick plus vulnérable dans la course à l’attraction des entreprises par les gouvernements provinciaux du Canada. Nous sommes également de son avis qu’il serait peut-être utile de revoir l’évaluation des projets.

La plupart du temps, les programmes gouvernementaux d’aide aux entreprises fonctionnent selon des notions associées à ce qu’on appelle le capital de risque. Le capital de risque peut permettre d’ouvrir de nouvelles voies, de nouvelles niches de marchés pour lesquels moins d’informations, bien documentées, sont disponibles et où il est plus difficile de percer.

Il n’y a pas que Atcon ou Fraser, au cours de l’histoire de la province, où des fonds publics ont été investis par dizaines de millions. Rappelons-nous que dans un passé pas si lointain, les gouvernements (rouges et bleus) ont investi et perdu plusieurs dizaines de millions dans le textile, pour ne nommer que celui-là. L’intention était bonne: créer une masse d’emplois rapidement et à longueur d’année. Les résultats ont été désastreux, pour une simple et bonne raison: une vision anachronique du développement économique.

Selon une étude menée pour Industrie Canada (1) il y a quelques années, pour les grandes entreprises qui visent une croissance soutenue, l’aide financière gouvernementale compte parmi les derniers éléments de leur préoccupation. Au niveau des principes, parmi les préoccupations des PME, si l’aide financière gouvernementale est au dernier rang, les PME ont plus souvent recours à cette aide que les grandes entreprises.

Avec les petites et moyennes entreprises (PME), les grandes entreprises misent sur quatre facteurs clés: la qualité des produits, le service à la clientèle, la flexibilité et la gamme des produits. En ce qui concerne les facteurs de croissance, les grandes entreprises citent la (bonne) gestion, le marketing et le moral du personnel, puis l’accès au capital et aux marchés, pour ne nommer que ceux-là. Ce jugement des facteurs de succès d’une entreprise est partagé par les PME et les grandes entreprises. La grande différence entre les deux types d’entreprises tient à une propension des grandes entreprises à entreprendre des alliances stratégiques qui favorisent leur croissance. Les PME seraient plus réticentes à ces alliances.

Nous retenons des grandes lignes de cette étude qu’il est plus courant pour les entreprises plus faibles, sur le plan commercial et financier, de faire appel à l’aide gouvernementale. L’accès aux capitaux est plus difficile, les banques hésitent et requièrent, ironiquement, une mise de fonds plus importante qu’elles n’ont souvent pas à fournir. C’est à ce moment qu’elles se tournent habituellement vers les gouvernements.

Tout compte fait, il serait à notre avis désastreux, dans le climat économique difficile que nous traversons actuellement, de réduire sensiblement ou d’abolir carrément l’aide gouvernementale aux entreprises.

En fait, mieux vaudrait s’éloigner de la mentalité, qui a malheureusement survécu au cours des dernières décennies, selon laquelle les chances d’obtenir de l’aide sont considérablement plus fortes quand des liens politiques partisans donnent un accès plus facile aux capitaux consentis par le parti au pouvoir.

Plutôt que d’abolir l’aide gouvernementale, les gouvernements auraient au contraire avantage à doter leur personnel d’une compétence éprouvée de l’évaluation des facteurs de succès d’une entreprise, grande ou petite, et de développer des mécanismes d’aide qui outillent mieux les entreprises à se préparer pour connaître le succès.

(1) Pour le résumé, consulter la page sur le site du ministère (http://www.ic.gc.ca/eic/site/eas-aes.nsf/fra/ra01578.html).