L’effet Mulcair

Lorsque la course à la direction du Nouveau Parti démocratique (NPD) a été lancée, il a fallu attendre quelques semaines avant que le lieutenant de Jack Layton au Québec, Thomas Mulcair, ne se lance dans la course. Deux personnalités connues du parti avaient déjà démarré leur campagne: le président sortant et directeur de la campagne électorale, Brian Topp, de même que la populaire députée ontarienne Peggy Nash. Ils partaient avec une longueur ou deux d’avance. Au Québec, le parti ne comptant que 1600 membres, on voyait difficilement comment Thomas Mulcair pourrait combler le déficit d’appuis.

M. Topp, au début de la campagne, était perçu comme le favori, s’étant assuré de l’appui de plusieurs ténors du parti, dont l’ex-chef du parti, Ed Broadbent, et le député d’Acadie-Bathurst, Yvon Godin. Au Nouveau-Brunswick, le chef du NPD, Dominic Cardy, a choisi d’attendre, et quand M. Mulcair a annoncé sa candidature, M. Cardy s’est rangé dans son camp.

Après cinq mois de campagne, les sondages donnaient M. Mulcair largement favori, alors que M. Topp se classait cinquième dans les intentions de vote des membres du parti. M. Topp a cependant mis à profit, et avec succès, son réseau dans le parti pour consolider ses appuis.

Deux écoles de pensée se sont dessinées, l’une plus près de la pensée traditionnelle du parti et où se campaient M. Topp et Mme Nash, l’autre favorisant une nouvelle approche axée à populariser le NPD auprès de l’électorat canadien. M. Mulcair et Nathan Cullen étaient identifiés à cette nouvelle approche.

C’est ce qui a d’ailleurs valu à M. Mulcair la sortie de M. Broadbent contre lui. L’ex-chef n’acceptait pas que l’orientation du parti s’éloigne de ses valeurs traditionnelles à des fins électoralistes. M. Broadbent et sa suite jugeaient que l’intention de M. Mulcair était de conduire le parti vers des valeurs plus conservatrices, vers le centre de l’échiquier politique. Comme il l’a clairement exposé dans ses entrevues après son couronnement, M. Mulcair vise plutôt à attirer vers le NPD les électeurs campés au centre. Quoi qu’en pense l’establishment du NPD, l’approche de M. Mulcair plaît aux membres et à la majorité des députés du caucus néo-démocrate. Au deuxième tour, alors que les quatre candidats étaient toujours en lice, les «réformistes» Mulcair et Cullen ont récolté 58 % des votes des membres.

Par rapport à M. Topp, l’avantage important dont disposait M. Mulcair dans l’esprit de plusieurs des députés et d’un contingent imposant de membres du parti réside dans le fait qu’il était prêt, dès hier, à assumer son rôle de chef de l’opposition officielle, tout en amenant une longue expérience parlementaire.

Les conservateurs n’ont pas perdu de temps à vouloir définir le nouveau chef du NPD. M. Mulcair n’avait pas encore prononcé son discours au congrès quand la presse a reçu un courriel des conservateurs qui le décrivait comme une personnalité au caractère abrasif, un opportuniste qui allait diviser le pays et dont le principal programme est de hausser les impôts. Pour contrer cette offensive des conservateurs, et pour faire découvrir au reste du Canada son nouveau chef, le NPD doit lancer une campagne médiatique cette semaine.

Chez les libéraux, on a été beaucoup plus polis, mais il ne fait pas de doute que l’élection de M. Mulcair menace d’éroder davantage l’appui des Canadiens à leur égard.

Certains observateurs estiment que le NPD sort divisé de cette course à la direction et que l’appui du Québec au parti, privé de la présence de Jack Layton, est dramatiquement érodé. C’est sous-estimer le travail qu’a abattu M. Mulcair au Québec pour préparer les élections de 2011. On ne gagne pas et on ne maintient pas le château fort libéral qu’est Outremont, comme l’a fait M. Mulcair, sans avoir la capacité de bien organiser et de rassembler les troupes. On ne part pas candidat à la direction comme négligé en finissant avec un appui solide de la majorité des membres et du caucus sans disposer d’une qualité de leader et d’une vision qui rallie les troupes à sa cause. Pas de doute, le parti au pouvoir, et le premier ministre Harper en premier, réalise que, dorénavant, la joute politique vient de changer, et elle n’est pas à son avantage.

Pour lire le blogue de Jean Saint-Cyr sur le congrès fédéral du NPD: http://www.capacadie.com/chroniques/2012/3/25/le-couronnement-de-mulcair