Petits bonheurs et malheurs du budget

Sauf peut-être l’année qui précède une élection, la présentation du budget fait rarement l’unanimité. Cette année, le budget plaît à certains secteurs, notamment les petites et moyennes entreprises, mais il déçoit aussi. Dans le cas des employés de la fonction publique et des syndicats, ce n’est pas de la déception, c’est une vive inquiétude qui envahit leurs rangs. En somme, le budget a semé des petits bonheurs chez certains alors que d’autres appréhendent de vrais malheurs.

Parlons des petits bonheurs. Les contribuables seront heureux d’apprendre que l’impôt sur leurs revenus ne sera pas augmenté. À cet égard, le gouvernement Alward tient sa parole et maintient le cap. Dans la même veine, les petits entrepreneurs reçoivent ce budget avec soulagement: leurs profits ne seront pas taxés davantage, ce qui leur permettra de réinvestir dans leur entreprise.

Certains économistes et les banques approuveront sans doute que le gouvernement vise toujours l’équilibre budgétaire à moyen terme: selon les prévisions du ministre des Finances, en 2014-2015, le gouvernement réalisera un surplus budgétaire de six millions. Pour l’année fiscale en cours, qui se termine la semaine prochaine, le gouvernement prévoit que le déficit sera de 471 millions. Il sera réduit à 183 millions $ pour l’année fiscale 2012-2013. Avant d’atteindre l’équilibre budgétaire, le gouvernement du Nouveau-Brunswick prévoit un déficit de 99 millions en 2013-2014.

Comme on ne compte pas de revenus additionnels substantiels, certaines mesures feront mal, sans être cruelles. Des 4500 postes dont les titulaires partiront soit pour la retraite ou pour des raisons personnelles, seuls les «postes qui sont essentiels pour la prestation des services gouvernementaux de base» seront pourvus. Le gouvernement compte ainsi économiser 86 millions d’ici 2015 de la masse salariale qu’il évalue à trois milliards. Mais les syndicats des employés de la fonction publique ne semblent pas croire que le gouvernement s’en tiendra à cette mesure. Ils craignent la perte de plus de postes. Ils protestent aussi parce que le gouvernement impose un gel salarial pour deux ans; même traitement en ce qui touche les «reclassifications ascendantes», c’est-à-dire une classification à la hausse et une augmentation salariale à ceux dont les responsabilités se sont accrues. L’autre question, plus inquiétante celle-là, aborde les prestations de retraite. Le gouvernement veut revoir tout cela, et bien entendu ce n’est pas pour bonifier le régime de retraite, mais bien pour l’amaigrir.

D’autres économistes et plusieurs intervenants, y compris les petits entrepreneurs, auraient bien reçu des mesures visant à augmenter davantage les revenus du gouvernement en haussant, par exemple, la taxe sur les produits et services (TPS) et le retour des péages sur les autoroutes de la province. Une telle approche aurait permis de deux choses l’une: ne pas imposer une pression difficile sur ses employés, ou atteindre l’équilibre budgétaire plus rapidement.

Il ressort très clairement du discours du ministre des Finances, Blaine Higgs, que le gouvernement est engagé avec détermination à changer la culture de gestion des affaires publiques par ses fonctionnaires. Livrer des services de qualité à moindres coûts, c’est presque devenu un mantra pour le gouvernement Alward; c’est ce qu’il qualifie de «renouvellement du gouvernement». Le gouvernement Alward dit avoir «cerné des économies de 226 millions $ au chapitre des dépenses pour 2012-2013». Il n’y a pas que les employés du gouvernement qui feront les frais de cette nouvelle approche. Les fournisseurs de biens et services devront être plus concurrentiels dans le prix proposé au gouvernement: dès cette année, le gouvernement prévoit économiser 14 millions $, et en 2014-2015, il compte dépenser 70 millions de moins par année dans ses approvisionnements.

Si la philosophie fiscale du gouvernement est clairement affichée et cohérente par rapport à son premier budget, le sort de quelques dossiers est beaucoup plus embrouillé. C’est ce dont il sera question demain.