Les ajustements nécessaires

Quand nous parlions hier des questions qui restent en suspens, le budget de la santé en est un qui soulève une interrogation.
On se rappelle sans doute que, lors de la dernière campagne électorale, M. Alward avait répété aux quatre coins de la province que s’il formait le prochain gouvernement il allait s’assurer «que le budget annuel du ministère de la Santé augmente d’un minimum de 3 % par année, chaque année de son mandat de quatre ans…» (1) L’an dernier, le budget alloué au compte ordinaire du ministère de la Santé était de 2,543 milliards $, une fois révisé. Pour l’année fiscale 2012-2013, le gouvernement a prévu, à ce compte ordinaire, une somme de 2,583 milliards $, une augmentation de 40 millions $, ou 1,6 %. Une augmentation de 3 % des dépenses au compte ordinaire du ministère de la Santé lui aurait donné un budget de 2,619 milliards $, une augmentation de 76 millions. Il manque donc 36 millions pour que l’engagement de 3 % soit respecté.

Pourtant, la contribution du Gouvernement du Canada au Nouveau-Brunswick augmente, elle, de 6 % chaque année. Elle continuera d’augmenter, d’ailleurs, jusqu’en 2017, si le fédéral respecte l’annonce qu’il a faite cet hiver à cet égard.

Par contre, quand on consulte le budget de l’éducation, on se rend compte qu’il ne subira pas la diminution de 2 %, du moins si on tient compte du budget global du ministère. Le budget augmentera de presque 1 %. Comme une partie de cette augmentation est due à l’augmentation des salaires, sur le plan des dépenses des programmes du ministère, il faudra que les enseignants et les gestionnaires fassent preuve d’imagination, car ils disposeront quand même de ressources minimales par rapport aux projets qu’ils entretenaient il y a deux ans.

Bien sûr, la dette qui grimpera à près de 11 milliards $ doit rester dans la mire du gouvernement. Si elle n’est pas maîtrisée, son augmentation entraînera une décote du crédit de la province, engendrant une hausse du taux d’intérêt, et par conséquent une augmentation plus importante des sommes à consacrer au service de la dette. Depuis 2004-2005, les sommes annuelles consacrées au service de la dette sont passées de 580 millions $ à 643 millions $ en 2010-2011, une augmentation de 10 % (64 millions $). (2)

Nous écrivions hier que l’augmentation des revenus pour 2012-2013 est modeste. Certains penseront que 100 millions $ en recettes additionnelles, c’est quand même important. En fait, cela représente le tiers de la croissance annuelle moyenne des recettes du gouvernement provincial de 2004 à 2009, qui se situait à 335 millions $, avant que le gouvernement Graham n’accorde des baisses d’impôt importantes qui ont engendré une diminution significative (118 millions $) des recettes pour l’année fiscale 2009-2010. (3)

Comme le gouvernement ne pouvait augmenter cette année les revenus en augmentant la TPS et en imposant des péages sur les autoroutes sans passer par un référendum, selon les dispositions de la Loi sur la protection des contribuables adoptée en 2005, pour s’attaquer plus agressivement à freiner l’augmentation de la dette il devait augmenter les impôts, ce qu’il a refusé de faire.

En ne comprimant que les dépenses tout en ayant une augmentation modeste de ses recettes, le premier ministre a déjà dû faire une entorse à l’un de ses engagements: les augmentations allouées au ministère de la Santé n’atteindront pas les 3 % promis. Une augmentation modeste des impôts accélèrerait la réalisation d’un autre objectif important de son gouvernement, l’atteinte de l’équilibre budgétaire en vue de maitriser la croissance de la dette publique.

Certains penseront que nous nous répétons. Il serait plus juste de juger que nous insistons, comme nous l’avions fait du temps du gouvernement Graham.

(1) Citation de la page 5 de la brochure électorale du Parti conservateur du Nouveau-Brunswick, «Le Nouveau-Brunswick d’abord… Pour un changement».

(2) Voir la fiche d’information sur le site du gouvernement du N.-B. : (http://www2.gnb.ca/content/dam/gnb/Corporate/pdf/TaxpayersFirst/fr/FicheInformation-SanteFinanciere.pdf)

(3) Voir la page 4 du rapport des comptes publics pour 2010-2011 : (http://www.gnb.ca/0087/pubacct/PA11v1f.pdf)