Les bons et les mauvais coups du budget fédéral

Une mesure du budget fédéral fait l’unanimité: l’élimination du sou noir. Si d’autres aspects sont accueillis favorablement, certaines mesures annoncées hier sont décriées avec force. C’est une question de perspective et de valeurs.

Le budget dévoilé hier à Ottawa est le premier véritable budget de l’administration Harper. Les six premiers avaient dû être négociés avec les partis d’opposition, minorité obligeant, et le projet du troisième budget avait failli faire tomber le gouvernement Harper.

Finalement, les compressions annoncées jeudi, de l’ordre de
5,2 milliards $, sont importantes, mais elles ne sont pas aussi dramatiques qu’un des scénarios qui avait été évoqué, c’est-à-dire des compressions qui auraient pu atteindre 8 milliards $.

La fin de la mission de combat en Afghanistan permet à Ottawa de retrancher un peu plus de 1 milliard $ au budget de la Défense. Le ministère de la Sécurité publique fait face à des compressions de 688 millions $. Par conséquent, la construction de nouveaux pénitenciers, pour accommoder tous ces petits criminels que l’adoption du projet de loi C-10 aura comme conséquence de garder plus longtemps à l’ombre, est retardée. Les établissements carcéraux seront donc plus encombrés et plus insalubres…

Le secteur privé accueille bien le gel des cotisations à la caisse de l’assurance-emploi, et les chômeurs devraient aussi voir d’un bon œil le maintien de projets pilotes qui leur donnent plus de temps pour réintégrer un emploi.

La mesure appréhendée qui fera passer l’âge de la retraite de 65 à 67 ans se fera très graduellement. Elle ne touchera pas les personnes nées avant 1958, mais les plus jeunes devront être plus prévoyants, puisqu’à partir de 2023 l’admis­sibilité à la Sécurité de la vieillesse sera retardée graduel­le­ment, pour passer à 67 ans en 2029.

Un investissement de 1 milliard $ dans la recherche et l’innovation réjouira davantage le monde des affaires que le monde universitaire: le gouvernement fédéral privilégiera la recherche et l’innovation dans les universités lorsqu’elle est liée aux besoins du secteur privé et, selon toutes apparences, au détriment de la recherche fondamentale. Une centaine de millions seront consacrés à la recherche sur l’énergie atomique, dont une bonne partie visera à réduire l’enrichissement du plutonium dans la fabrication des isotopes médicaux, à la demande de la communauté mondiale.

Quatre pour cent des 281 000 postes de la fonction publique seront éliminés sur trois ans, c’est-à-dire 12 000 emplois fédéraux bien rémunérés qui disparaîtront. Ces postes affecteront nécessairement la qualité des services offerts, notamment pour les prestataires d’assurance-emploi, mais aussi dans le domaine de l’environnement (la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie est appelée à disparaître), de l’inspec­tion des aliments et de la recherche scientifique au fédéral, y compris dans le domaine des pêches.

Si viser à simplifier les tracasseries administratives pour le secteur privé est une bonne initiative, malheureusement le gouvernement Harper considère les études d’impact environnemental comme l’une de ces tracasseries, tant le temps qui leur sera consacré (un an maximum) que de leur portée seront réduits.

Patrimoine Canada est aussi durement affecté. Son budget sera amputé de 191 millions d’ici 2014-2015. On coince davantage le réseau public de télévision et de radiodiffusion, Radio-Canada et CBC, en lui retirant sur le même horizon 115 millions de son financement, alors que le marché publicitaire n’a jamais été aussi concurrentiel et difficile à maintenir comme source de revenus. La production audiovisuelle privée sera également affectée, puisque Téléfilm Canada perdra 10 % de son financement. En ajoutant à celles du Patrimoine canadien les compressions de 286 millions d’ici 2014-2015 imposées au ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences, il ne subsiste aucun doute que la société civile canadienne (avec tous les regroupements citoyens qu’elle inclut) subventionnée par ces ministères sera considérablement mise au défi pour continuer à œuvrer efficacement dans son domaine d’intervention.

Le gouvernement Harper a bien en main l’économie du pays et le premier ministre abat du bon travail à cet égard pour diversifier les exportations canadiennes en ouvrant de nouveaux marchés. Toutefois, il y a lieu de s’inquiéter sur la redéfinition qu’il façonne du rôle du gouvernement fédéral pour desservir ses citoyens.