Mieux payer nos élus municipaux

Faut-il mieux rémunérer nos élus municipaux? La réponse à cette question, posée à la une de l’Acadie Nouvelle peu avant Noël, n’est pas si simple. Nous parlons ici de service public et de dévouement. Comment déterminer la ligne entre un salaire insuffisant, acceptable ou indécent?

La question de la rémunération des élus municipaux ne fait que très rarement les manchettes au Nouveau-Brunswick. Et pour cause. Contrairement aux députés provinciaux et fédéraux, les émoluments de nos maires et de nos conseillers ne sont pas déterminés par une loi unique qui touche tout le monde de la même façon.

Au contraire, chaque village, ville et communauté rurale a adopté lui-même ou elle-même son propre arrêté municipal qui définit les conditions de travail de ses élus. Il y a autant de salaires différents qu’il y a de municipalités au Nouveau-Brunswick.

Ce sont donc les conseils municipaux qui déterminent combien d’argent les contribuables leur verseront annuellement. Règle générale, ils font preuve de sobriété.

Dans les cas des municipalités néo-brunswickoises, c’est plutôt le contraire. Aucun maire ou conseiller n’est encore devenu millionnaire grâce à ses revenus municipaux. Le maire de Saint-Jean reçoit l’équivalent d’environ 57 000 $ chaque année, contre 50 000 $ à Moncton et environ 40 000 $ à Fredericton et à Edmundston. Et c’est beaucoup moins dans les villes et les villages moins populeux et moins riches, et ce, même en comptant les allocations de déplacement, de participation aux comités, etc.

À titre d’exemple, il y a 10 ans à peine, le maire de Bathurst recevait une prime de
11 000 $ par année. Le maire de l’époque, feu Paul Ouellette, avait calculé qu’au nombre d’heures qu’il travaillait au service de la communauté il était payé environ 4 $ l’heure. Face à cette situation ridicule, le conseil municipal de la plus grande ville du Nord-Est avait alors convenu de majorer de façon importante les émoluments de son maire et de ses conseillers.

Il existe deux écoles de pensée. La première veut que les élus travaillent d’abord et avant tout pour le bien-être des citoyens, et non pas pour l’argent. La deuxième stipule qu’un salaire plus élevé permettra d’attirer de meilleures candidatures.

Dans les faits, c’est un troisième élément qui joue le plus grand rôle. La plupart des élus municipaux au Nouveau-Brunswick vivent au sein de petites communautés. Ils doivent gérer des budgets serrés, avec pour mission première de limiter ou d’empêcher les hausses de taxe. Il leur est donc très difficile d’augmenter leur propre salaire, tout en justifiant en même temps des coupes de services ou une hausse de la taxe foncière. Avec pour résultat que dans de nombreuses localités acadiennes, le premier élu gagne moins de 5000 $.

Cela a un impact sur le nombre de candidatures, mais aussi sur leur qualité. Pour être maire, il faut souvent être indépendant de fortune ou à la retraite. On retrouve souvent d’anciens directeurs d’école, par exemple. L’autre option est de se contenter d’un maire à temps partiel, qui travaille ou gère son entreprise, et qui tente tant bien que mal de trouver du temps pour ses citoyens le reste de sa journée.

Nous croyons que le moment est venu pour le gouvernement du N.-B. de se pencher sur la rémunération des élus municipaux. Un comité devrait être mis en place afin d’étudier ce qui se fait ailleurs.

Déjà, la formule retenue au Québec semble intéressante. Là-bas, les salaires des élus des villes, villages et municipalités régionales de comté sont régis par une loi provinciale. Une formule basée sur la démographie détermine les salaires.

Le Nouveau-Brunswick pourrait adopter et adapter une formule semblable en tenant compte de la démographie, mais aussi de l’assiette fiscale des municipalités. Prenons l’exemple de deux villes ayant une population identique. L’une d’entre elles est une ville-dortoir. L’autre est un petit centre économique dans sa région. Les responsabilités n’étant pas les mêmes, les salaires pourraient être différents.

C’est une formule. Il y en a d’autres. Nous invitons l’Association francophone des municipalités du N.-B. à les étudier et à proposer des solutions. Il faut mieux payer nos élus municipaux. Leurs responsabilités sont importantes, sans oublier la pression qu’ils subissent. Par exemple, on voit bien à Lac-Baker, où un contrat de déneigement suscite la colère, ce qui se produit quand la population se tourne contre une décision du conseil.

Cela dit, laisser les élus déterminer eux-mêmes leur salaire n’est sans doute pas la façon la plus saine de procéder. Une loi provinciale s’impose.