Se prendre en main

Il aura fallu beaucoup de persévérance, mais l’attente en a valu la peine. Après des années d’efforts et parfois de déception, le projet de regroupement d’une bonne partie du Haut-Madawaska deviendra enfin réalité.

«Les citoyens ont compris l’importance de se prendre en main.» C’est ainsi qu’a réagi le porte-parole du comité d’étude du projet d’amalgamation, Réginald Nadeau, à la suite du plébiscite de lundi. C’est en effet la meilleure façon de décrire la décision des électeurs de six districts de services locaux d’abandonner la vieille structure gouvernementale dans laquelle étaient figées leurs communautés et d’abolir les frontières qui les séparent.

Le Haut-Madawaska est un endroit intéressant du point de vue géographique, économique et démographique. On ne parle pas ici d’une région isolée au sens propre du terme. Le centre urbain qu’est Edmundston – avec ses services, ses commerces, etc. – n’est pas situé à l’autre bout du monde.

Les localités de cette région ont par contre développé au cours des décennies leur propre écosystème et identité.

L’esprit d’entrepreneuriat des gens du Haut-Madawaska a permis l’émergence d’entreprises et d’emplois de qualité, si bien qu’on y retrouve une relative prospérité comparativement à d’autres régions pourtant similaires.

Elle n’échappe toutefois pas aux maux qui affligent de nombreuses communautés rurales au Nouveau-Brunswick, notamment l’exode vers les centres urbains et le vieillissement de la population. C’est ainsi que des gens ont réalisé qu’ils seront mieux en mesure de faire face à ces grands défis en travaillant ensemble.

Plus facile à dire qu’à faire.

Il aura donc fallu une étude de faisabilité, deux plébiscites, une élection référendaire (à Lac-Baker, qui s’est finalement retiré du projet), des assemblées publiques et d’innombrables heures de travail à persuader les électeurs pour en arriver à la création d’une nouvelle entité.

Celle-ci comptera environ 4000 habitants, sera la troisième en importance dans le Nord-Ouest après Edmundston et Grand-Sault et aura une assiette fiscale de plus de 200 millions $.

Détail important, quatre villages (Saint-François, Clair, Saint-Hilaire et Baker-Brook) seront du regroupement. Il est rare qu’autant d’élus acceptent d’abandonner les pouvoirs dont ils jouissent dans leur fief au profit d’un ensemble plus grand. Généralement, on voit plutôt une ville-centre à laquelle se greffent des communautés plus petites.

C’est tout à leur honneur.

Le plus dur reste maintenant à faire. Dans tous les projets d’amalgamation, sans exception, il y a toujours deux obstacles principaux à surmonter.

Le premier est la crainte de voir la taxe foncière augmenter. Parlez-en aux citoyens de Saint-Basile, de Verret et de Saint-Jacques qui ont vu leur facture exploser depuis la fusion forcée avec la Ville d’Edmundston. Le conseil du Haut-Madawaska fusionné voudra trouver une façon de réaliser ses objectifs sans que cela ne coûte trop cher aux citoyens.

Le deuxième obstacle est la force de l’attachement du citoyen moyen pour son village ou son DSL d’origine.

Nous parlons ici de résidants de quatre villages et de six districts de services locaux qui ne tiennent pas nécessairement à perdre leur identité. En même temps, il sera vital qu’ils éprouvent un sentiment d’appartenance à l’endroit de leur nouvelle communauté si celle-ci doit devenir un succès. Un beau défi.

L’avenir nous dira si le regroupement du Haut-Madawaska sera une grande réussite ou un échec cuisant. Mais au moins, il sera le résultat du travail de bâtisseurs qui se sont donné des outils pour faire progresser leur région.

Par ailleurs, précisons qu’il existe plus d’une manière d’unir ses forces. Balmoral, Charlo, Dalhousie et Eel River Crossing l’ont démontré cette semaine en annonçant qu’ils se partageront les services d’un seul et même agent de développement économique.

La nouvelle est moins banale qu’elle en a l’air. Les municipalités ont souvent tendance à se mener une lutte sans merci afin d’inciter des entreprises à s’établir sur leur territoire plutôt que dans un autre. De voir quatre d’entre elles accepter de financer le salaire d’une personne qui sera appelée, par sa définition de tâche, à aussi faire avancer des dossiers économiques chez le voisin est une situation assez exceptionnelle.

Par le passé, d’autres tentatives du genre se sont soldées par un échec, quand des élus ont jugé que l’agent économique travaillait plus au profit d’une municipalité plutôt que de la leur. Souhaitons que ceux du Restigouche-Est réussiront à éviter la tentation de privilégier leur clocher au détriment de leur région.