Les véritables coeurs de nos communautés

Une deuxième école fermera ses portes dans le Nord-Est à peine quelques mois après que le district scolaire ait pourtant décrété qu’elle était «viable» pour au moins quatre autres années. Une nouvelle fois, cela braque les projecteurs sur les conseillers scolaires et la manière dont ils ont effectué leur travail.

L’école Séjour-Jeunesse de Pointe-Verte ne compte cette année que 36 élèves de la maternelle à la 8e année. Les enfants sont divisés en deux classes, soit une de la maternelle à la 4e année et l’autre de la 5e à la 8e année.

Dans les dernières semaines, la direction du District scolaire francophone Nord-Est a contacté les parents afin de leur expliquer qu’elle ne dispose plus de ressources suffisantes leur permettant d’offrir un enseignement de qualité aux enfants.

Les parents ont été invités à voter sur une proposition de transfert des élèves dans les établissements scolaires de Petit-Rocher, situés tout près. Ils ont accepté dans une proportion de 83%, sonnant ainsi le glas de la petite école.

Il s’agit là d’un choix difficile, courageux même. Il n’y a pas beaucoup de symboles plus douloureux en Acadie que la fermeture de la seule école d’un village.

Toutefois, la décision s’imposait. S’il est vrai que des classes moins nombreuses facilitent l’apprentissage, il y a tout de même des limites. Quand un enseignant a pour mission de livrer la matière de quatre années d’études différentes, il ne peut le faire aussi bien que son collègue d’une autre école qui n’enseigne qu’à un groupe d’une seule année scolaire.

Cela tombe sous le sens.

Le problème avec cette explication est qu’elle n’a pas été retenue en janvier, quand les membres du conseil d’éducation des districts scolaire Nord-Est et Nord-Ouest ont voté pour la sauvegarde de toutes les petites écoles de leur région respective.

Les conseillers scolaires avaient reçu à contrecoeur le mandat de statuer sur l’avenir des écoles qui comprennent moins de 100 élèves ou qui ont un taux d’occupation de moins de 30%.

À l’issue de cet exercice, les commissaires ont tout bonnement affirmé que toutes les écoles étaient viables.

Il est vrai que la résistance s’était organisée, y compris à Pointe-Verte et à Saint-Sauveur, où les parents vantaient la qualité de l’enseignement et le suivi personnalisé offerts à leurs enfants. On a entendu souvent la fameuse phrase voulant que l’école est le coeur de la communauté.

Il est maintenant clair que les commissaires ont compris qu’ils éviteraient beaucoup de critiques en n’imposant aucune fermeture et en attendant que les citoyens se rendent eux-mêmes à l’évidence.

Dans le cas de Saint-Sauveur, les parents ont forcé la main du district en inscrivant leurs enfants dans une autre école à Allardville.

À Pointe-Verte, le district a toutefois pris les devants. À peine 10 mois après que le conseil d’éducation ait pourtant jugé que l’école sera viable pendant plusieurs années, la direction a approché les parents et les a convaincus du contraire.

Le directeur du District scolaire francophone Nord-Est, Pierre Lavoie, a expliqué dans nos pages que dans une classe où on retrouve, à titre d’exemple, des élèves de la 5e à la 8e année, il existe un danger que certains ne reçoivent pas l’apprentissage prévu.

«On peut penser qu’un élève qui vivrait sous ce régime pendant des années rencontrerait un retard qui serait très difficile à rattraper», a-t-il expliqué.

Si c’est vrai aujourd’hui à Pointe-Verte, ce l’était assurément aussi à Saint-Sauveur. Et ce l’est peut-être à Bas-Caraquet, à Bertrand, à Bathurst (Académie Assomption) ainsi que, dans le district scolaire Nord-Ouest, à Sainte-Anne-de-Madawaska et à Saint-François.

Bien sûr, cela ne signifie pas que toutes ces écoles doivent fermer, bien au contraire. Certaines rayonnent de dynamisme.

Posons plutôt la question autrement. Si Pointe-Verte et Saint-Sauveur ont reçu en janvier la bénédiction des commissaires malgré un manque de ressources qui nuit à leur capacité de dispenser une bonne qualité d’enseignement, est-il possible que la situation soit la même dans d’autres écoles?

Bref, pour reprendre les dires de M. Lavoie à propos de l’école de Pointe-Verte, y a-t-il d’autres enfants au Nouveau-Brunswick qui étudient dans un régime où ils risquent de rencontrer «un retard qui sera très difficile à rattraper»? Et les commissaires ont-ils abandonné leurs responsabilités à leur égard afin d’éviter un conflit avec des communautés désireuses de protéger leur «coeur»?

Il est clair que certains d’entre eux ont préféré laisser les parents faire le sale boulot à leur place. Croisons-nous les doigts pour que ce manque de courage n’ait pas un impact à long terme sur les élèves.

Après tout, ce sont eux, les véritables coeurs de nos communautés. Pas les quatre murs à l’intérieur desquels ils reçoivent leur éducation.