Merci Monsieur Richard

Après une décennie à défendre les citoyens du Nouveau-Brunswick à titre d’ombudsman et de défenseur des enfants, Bernard Richard prépare ses valises en prévision d’un déménagement à l’autre bout du pays. Une perte pour notre province, mais une excellente nouvelle pour les enfants de la Colombie-Britannique.

Les gouvernements provinciaux ont généralement tendance à piger dans leur propre cours quand vient le moment de pourvoir les prestigieux postes de hauts fonctionnaires indépendants. Or, un comité de députés de la Colombie-Britannique a plutôt recommandé Bernard Richard, devant 61 autres candidats.

Quant à la jeunesse de cette province, elle sera chanceuse de pouvoir compter (aussitôt la nomination confirmée) sur un défendeur aussi infatigable.

La carrière de M. Richard est atypique. Il a connu un flirt avec le Parti acadien, pour lequel il a même été candidat en 1974. Il a été élu une première fois en 1991 sous la bannière libérale. Ses mégamajorités dans la circonscription de Shediac-Cap-Pelé avaient fini par convaincre le premier ministre Frank McKenna de lui confier des responsabilités ministérielles en 1995.

C’est toutefois à compter de 1997 qu’il est devenu un incontournable, quand il s’est vu confier la tâche de nettoyer les pots cassés à la suite de l’annonce du ministre de l’Éducation, James Lockyer, de fermer les écoles de Saint-Sauveur et de Saint-Simon. Les manifestations qui ont suivi ont été écrasées avec violence par la GRC. Des politiciens d’envergure ont justifié l’action des policiers en affirmant qu’il y a «un historique de violence» dans la Péninsule acadienne.

Le lien de confiance était brisé. Une fois nommé à l’Éducation, M. Richard a annulé la fermeture des deux établissements scolaires. Surtout, il a accordé aux parents un droit de regard sur leurs écoles. Cette politique de M. Richard a ramené la paix sociale.

Cette politique est encore en place aujourd’hui, quoiqu’elle a subi des modifications au fil des années.

Il a tenté en 1998 de succéder à Frank McKenna à titre de chef libéral et premier ministre du Nouveau-Brunswick, mais s’est incliné devant Camille Thériault. Celui-ci a ensuite subi une lourde défaite aux élections provinciales qui ont suivi. Shawn Graham a pris la relève.

Nombreux sont les partisans de Bernard Richard qui le qualifient du «meilleur premier ministre que le N.-B. n’a jamais eu» et qui se demandent à quoi ressemblerait notre province aujourd’hui s’il avait gagné la course à la direction de son parti.

Il a abandonné la politique en 2004 après avoir été nommé ombudsman par le premier ministre Bernard Lord. Si la nomination visait avant tout à libérer un siège libéral afin d’augmenter la faible majorité des progressistes-conservateurs à Fredericton, elle s’est finalement avérée l’une des meilleures décisions du gouvernement.

Deux ans plus tard, M. Richard a ajouté à ses lourdes responsabilités le devoir de protéger la jeunesse auprès du gouvernement. C’est à ce poste qu’il accomplira les plus grandes choses.

Pour le commun des mortels, Ashley Smith n’était qu’une criminelle néo-bruns­wickoise qui s’est enlevé la vie dans l’indifférence, dans une cellule ontarienne.

C’est le travail incessant de Bernard Richard qui nous a fait découvrir la vérité sur la triste vie d’une adolescente condamnée pour avoir lancé une pomme sur un facteur à l’âge de 14 ans et qui a ensuite été trimbalée dans une dizaine d’établissements correctionnels, qui a passé des semaines «au trou» et qui a été «calmée» au Taser et au poivre de Cayenne, avant de finalement se suicider.

Grâce à ses recommandations, le gouvernement provincial interdit désormais l’utilisation du Taser sur les personnes d’âge mineur incarcérées dans les prisons pour adultes.

C’est aussi grâce à ses efforts si Fredericton a compris que les adolescents qui souffrent de graves troubles mentaux et du comportement ne doivent pas être jetés en prison, mais plutôt recevoir des soins spécialisés.

C’est ainsi qu’une unité de 15 lits pour enfants et adolescents nécessitant des traitements en psychiatrique a été annoncée en 2015 à Campbellton. Un investissement de 15 millions $.

Une décision qui n’a pas fait l’affaire de M. Richard, qui rêvait plutôt d’un centre d’excellence à Moncton, où les enfants ne seraient pas stigmatisés. Chaque jour, il aura eu leurs besoins et leurs intérêts à coeur.

Les enfants de la Colombie-Britannique gagnent l’appui de quelqu’un qui n’hésitera pas à ruer dans les brancards en leur nom, mais qui a aussi cette capacité de bousculer les gouvernements, même devant les causes qui se heurtent à la base au plus gros des murs d’indifférence.

Nous avons été privilégiés de compter sur Bernard Richard pour défendre nos jeunes les plus vulnérables pendant toutes ces années.

Nous sommes heureux qu’il poursuivra la mission qu’il s’est donnée, même si cela doit doit se faire dans une autre province qui, n’en doutons pas, a elle aussi bien besoin de l’expertise de M. Richard afin de mieux protéger sa jeunesse.