Gagner le gros lot

Les Néo-Brunswickois sont plusieurs à acheter des billets de loterie chaque année. Gageons toutefois qu’ils sont moins nombreux à savoir que Loto Atlantique offre le gros lot à certains de ses employés et même à des politiciens, sans que ceux-ci ne détiennent le moindre billet.

Acheter un billet de loterie, c’est acheter un rêve: généralement celui de devenir millionnaire grâce à un coup du sort.

Il s’agit aussi d’une taxe volontaire. L’acheteur donne de l’argent à une société de la Couronne en sachant très bien qu’il est peu probable qu’il gagne quoi que ce soit. L’argent perdu est remis aux gouvernements qui le réinvestissent dans les soins de santé, l’éducation, les routes, etc.

De ce côté, Loto Atlantique réussit très bien son mandat. La société de la Couronne est une vache à lait pour ses quatre provinces actionnaires.

En 2015-2016, la société a enregistré des profits records de 431 millions $.

La part du Nouveau-Brunswick s’est élevée à 132 millions $, en hausse de 12 millions $ en comparaison avec l’année précédente.

Des chiffres qui ont dû en soulager plus d’un à Fredericton, où on peine à trouver des solutions pour abattre le déficit structurel qui ronge nos finances publiques.

Ces chiffres spectaculaires peuvent avoir effet de cacher certains problèmes.

Loto Atlantique étant la propriété de quatre provinces et étant gérée par un conseil d’administration, il est difficile de savoir ce qui se passe réellement dans les entrailles de cette bête à laquelle nos gouvernements sont accros.

Heureusement, une enquête menée par les vérificateurs généraux de l’Atlantique nous a permis d’en savoir un peu plus. Le rapport a été rendu public il y a quelques semaines.

Première constatation: les gouvernements provinciaux ne résistent pas à la tentation d’intervenir avec leurs grosses pattes dans les affaires de la société de la Couronne, si bien que le conseil d’administration approuve parfois des investissements qui sont rendus caducs par des décisions contraires rendues plus tard par nos politiciens. Des millions de dollars ont été ainsi gaspillés en vain.

Loto Atlantique a compris qu’elle doit soigner ses relations avec le pouvoir en place. C’est peut-être pour cela qu’elle offre à nos ministres et même à nos premiers ministres des billets de spectacles qu’elle commandite.

Ceux-ci ne se privent pas pour accepter.

Bruce Fitch, Roger Melanson, David Alward, Trevor Holder, Blaine Higgs et Brian Gallant font partie de ceux qui ont profité de billets de la société de la Couronne, soit pour leur bénéfice personnel, soit pour celui de leur personnel politique.

Cela rappelle le scandale de Larry’s Gulch, un camp de pêche gouvernemental situé dans le Restigouche, que certains ministres semblaient utiliser comme un lieu de vacances familial.

Ce qui est vrai pour Larry’s Gulch l’est aussi pour Loto Atlantique. Les fonds publics ne doivent pas servir à distribuer des faveurs aux politiciens ou aux fonctionnaires.

Si vous pouvez démontrer que d’offrir 10 billets pour le mégaconcert de AC/DC au chef de cabinet du ministre Roger Melanson (plus quatre autres à son directeur des communications) se justifie sur le plan des affaires, alors soit. Mais sinon, cette pratique doit cesser. L’argent de nos taxes (volontaires ou pas) doit être mieux investi.

Le rapport des vérificateurs généraux révèle une autre information qui fait froncer les sourcils.

En effet, les cadres supérieurs de Loto Atlantique se sont vu accorder d’importantes hausses de salaire de 20% à 40%. Pire encore, le plafond de leurs primes annuelles a explosé, pour passer de 50% à 220%.

Or, Loto Atlantique n’a jamais fait la preuve qu’elle a un problème de recrutement et de rétention qui justifierait ces hausses indécentes de salaires et de bonis, lesquelles surviennent au moment où les gouvernements haussent les taxes et les impôts.

C’est particulièrement vrai pour les bonis de performance, qui sont trop souvent accordés automatiquement.

Par exemple, les membres du conseil de Loto Atlantique s’étaient accordé de généreuses primes en 2007-2008 même si la société avait connu l’une des pires années de son histoire. Les profits de Loto Atlantique étaient alors en baisse et une enquête policière avait été déclenchée parce que des mesures de sécurité laxistes avaient permis à des détaillants de voler des lots importants.

Il est vrai que cette année, Loto Atlantique a connu une année record. Mais est-ce vraiment lié au travail de ses hauts dirigeants? Encore une fois, personne n’a été capable de faire cette démonstration.

Loto Atlantique a déjà annoncé avoir accepté toutes les recommandations du rapport. Plusieurs ont même déjà été mises en oeuvre, dont l’annulation d’une fête de Noël qui a coûté aux contribuables la rondelette somme de 111 000$ depuis deux ans.

Espérons que ce rapport sonnera la fin de la récréation. Laissons à ceux qui paient leurs billets en bonne et due forme l’occasion de remporter le gros lot.