L’aide d’Ottawa est essentielle

Le premier ministre Justin Trudeau tient à passer à l’histoire comme l’homme qui aura mené la charge contre les changements climatiques au Canada. Cela aura un impact sur le portefeuille des Néo-Brunswickois.

Ottawa a annoncé en octobre l’instauration progressive d’une taxe sur le carbone, qui est vue comme une façon de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Les provinces ont le luxe d’imposer leur propre taxe, de se soumettre à celle du fédéral ou de privilégier un autre système de leur choix. En agissant ainsi, Justin Trudeau s’assure de ne pas jouer dans les pattes des provinces qui font déjà des efforts. Par contre, celles qui trainent la patte n’auront plus le choix d’embarquer dans le train.

Le Nouveau-Brunswick entre dans cette dernière catégorie. Si nos émissions de gaz à effet de serre ont diminué au cours des dernières années, ce n’est pas en raison d’un plan ou d’une vision quelconque. La fermeture d’usines comme Smurfit-Stone de Bathurst, UPM de Miramichi et AbitibiBowater de Dalhousie ont dans les faits contribué à cette situation.

Bref, c’est le piètre état de notre économie qui a résulté en des progrès dans la lutte contre les gaz à effet de serre.

Peu importe la manière, c’est le résultat qui compte, diront certains. Néanmoins, d’autres stratégies doivent être mises en place si nous voulons que le Nouveau-Brunswick fasse pleinement sa part contre le réchauffement climatique.

Historiquement, toutes les raisons sont bonnes pour mettre de côté les meilleurs des plans. Dites-vous bien que si Irving avait choisi d’aller de l’avant en 2009 avec la construction d’une deuxième raffinerie à Saint-Jean, il ne serait trouvé personne dans la capitale provinciale pour bloquer le projet de 8 milliards $ (lequel était censé créer au moins 1000 emplois pendant la construction) au nom de l’environnement.

Il était donc inévitable que le gouvernement du Canada force un jour la main à notre province. Avec des conséquences pas toujours heureuses.

Le gouvernement fédéral a ainsi annoncé vouloir accélérer la fin de l’ère du charbon au Canada. Toutes les centrales électriques qui fonctionnent avec ce combustible devraient fermer leurs portes d’ici 2030.

Comparativement à d’autres provinces, le Nouveau-Brunswick n’est pas complètement pris au dépourvu. Nous avons une centrale nucléaire, des barrages hydroélectriques et des parcs éoliens qui produisent déjà une bonne part de notre énergie.

Selon le ministre provincial de l’Environnement, Serge Rousselle, 70% de l’électricité du Nouveau-Brunswick provient de sources sans émission.

Notre province n’utilise d’ailleurs qu’une seule centrale au charbon: Belledune. Néan­moins, sa fermeture annoncée fera mal à plus d’un niveau.

La centrale de Belledune est fiable et produit de l’énergie à très bon prix. On estime que nos factures d’électricité augmenteraient d’au moins 30% si elle fermait ses portes demain matin. C’est sans compter l’impact économique qu’aurait sa fermeture dans le nord de la province, avec la mise à pied dans une région durement éprouvée de 120 personnes bien rémunérées.

Enfin, ces nouveaux éléments confirment que le Nouveau-Brunswick n’aura pas le choix d’aller de l’avant avec la remise à neuf du barrage hydroélectrique de Mactaquac, qui a l’avantage de produire ni émissions polluantes ni déchets nucléaires. La facture sera très salée, de 2 à 5 milliards $.

Le gouvernement du N.-B. aura besoin d’aide. Ottawa ne peut pas se contenter d’ordonner la fermeture d’une centrale importante comme celle de Belledune, aussi polluante soit-elle, et en prime nous pousser à reconstruire Mactaquac sans d’abord donner un coup de main financièrement.

De ce côté là, les nouvelles sont bonnes. Le gouvernement Harper a offert une garantie d’emprunt de 6,4 milliards $ au gouvernement terre-neuvien pour la construction d’une centrale hydroélectrique. Une fois arrivés au pouvoir, les libéraux se sont empressés de bonifier cette aide.

Le fédéral a prouvé qu’il est prêt à appuyer les provinces dans leurs grands projets énergétiques. Le Nouveau-Brunswick doit profiter de cette ouverture.

Brian Gallant devra1 convaincre Justin Trudeau d’appuyer la remise à neuf de Mactaquac et la reconversion de Belledune, afin d’éviter la fermeture de cette dernière. Cela empêcherait les Néo-Brunswickois d’être écrasés par un poids que nous sommes collectivement incapables de supporter seuls.

Des négociations ont déjà été entreprises avec Ottawa. Nous sommes encore loin de la situation qui a prévalu à Pointe Lepreau, quand les conservateurs fédéraux ont abandonné notre province alors qu’elle était aux prises avec de gigantesques dépassements de coûts.

Le Nouveau-Brunswick est bien positionné pour passer à l’énergie verte.

Une aide fédérale est toutefois primordiale pour réussir le virage sans que le coût soit démesuré pour les contribuables et pour les clients d’Énergie NB.