En attendant le virage électrique

Au Nouveau-Brunswick, conduire une voiture électrique relève de l’acte de foi. Ces véhicules sont très dispendieux, sont moins autonomes et prennent une éternité à se faire recharger. Tout le contraire de la situation au Québec.

Cet été, l’Acadie Nouvelle a raconté l’histoire de la famille Savard, qui s’est donné le défi de se rendre au Parc national Fundy, situé dans la région de Saint-Jean. Elle a quitté sa résidence de Montréal à bord de sa BMW i3. Il s’agit d’une petite voiture luxueuse capable de parcourir de 150 à 160 km.

Au Québec, pas de problème. Un réseau de parcs de bornes rapides capables d’alimenter les véhicules électriques à 80% en 15 à 20 minutes est en train d’être développé.

Ça s’est toutefois corsé à l’arrivée des voyageurs au Nouveau-Brunswick.

Les bornes de recharge sont beaucoup moins nombreuses. Vivre l’aventure d’un voyage «électrique» comme l’a fait la famille Savard demande donc énormément de planification. Il faut en gros prévoir un arrêt chaque heure et savoir à l’avance exactement où se trouvent les bornes électriques.

Pas question d’y aller à la bonne franquette. Sinon, vous risquez d’être pris en panne sur le bord d’une route. Bonne chance pour vous ravitailler!

Ce n’est pas tout.

Les gens les mieux organisés peuvent quand même frapper un mur. Il n’existe qu’une trentaine de bornes de recharge sur tout le territoire au Nouveau-Brunswick, mais aucune n’est aussi performante que celles que l’on retrouve au Québec.

Cela peut prendre donc de trois à huit heures afin de faire «le plein» d’une voiture. Que faites-vous si vous arrivez à Bathurst ou à Dalhousie, que votre voiture a un urgent besoin d’être rechargée, mais que l’unique borne de recharge est déjà utilisée par un autre automobiliste? Ou qu’elle est en panne, comme c’est arrivé à la famille Savard à Miramichi, pendant son périple?

Il ne vous restera plus qu’à trouver une prise électrique comme celle que vous possédez à la maison. Durée du plein d’énergie: de huit à quinze heures!

Des voitures aux prix exorbitants comparativement aux modèles classiques et qu’il est impossible de charger rapidement dans la plupart des communautés néo-brunswickoises. Et on se demande pourquoi elles sont aussi rares sur nos routes?

Dans ces circonstances, seuls les plus convaincus, ceux qui tiennent à faire leur part pour l’environnement, qui se réjouissent à cesser de payer le gros prix pour faire le plein d’essence ou qui apprécient particulièrement certaines caractéristiques de ces véhicules (le fait qu’ils sont silencieux, par exemple) finissent par conduire des Volts, des Leafs ou des Tesla S sur nos routes.

C’est sans oublier qu’il n’est pas facile de s’en procurer. Aucun concessionnaire n’en commercialise dans la province.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’est pas le seul responsable de cette situation. Le leadership doit venir d’Ottawa.

On a vu le gouvernement libéral de Justin Trudeau ordonner de mettre fin aux activités de toutes les centrales au charbon du Canada d’ici 2030. Un geste important, du point de vue environnemental, qui éliminera à terme une importante source de pollution atmosphérique.

Or, l’une des principales sources d’émissions de gaz à effet de serre au Canada est la conduite automobile. Notre passion pour les camionnettes, les véhicules utilitaires sport et autres véhicules énergivores contribuent à réchauffer notre climat.

Le jour où les gouvernements mettront en place des incitatifs financiers importants qui rendront les véhicules électriques moins dispendieux que ceux qui fonctionnent à l’essence, nous aurons fait un pas dans la bonne direction. Et quand des normes forceront tous les propriétaires de stations-service à installer au moins une borne de recharge électrique, nous serons alors… en voiture!

Nous sommes encore très loin de cette utopie.

Le gouvernement provincial n’offre aucun incitatif à l’achat, une situation qui préoccupe même Énergie NB, qui n’attend qu’un signal politique pour contribuer à un tel programme.

Quant aux bornes de recharge, celles que l’on retrouve sont généralement le fruit d’initiatives locales et isolées, souvent proche d’un édifice municipal ou d’un centre touristique. On les trouve parfois aussi, par exemple, près d’un hôtel. Une manière d’attirer une nouvelle clientèle. En effet, s’il vous faut attendre huit heures pour charger votre batterie, aussi bien le faire près de l’hôtel où vous devrez passer la nuit…

L’Association des municipalités francophones du N.-B, par le biais du programme SAUVéR, fait sa part en encourageant l’intégration de véhicules non polluants dans les flottes municipales et l’installation de bornes électriques.

Ce sont toutefois des initiatives modestes et à l’impact limité. Tant que les gouvernements ne se décideront pas à sortir l’artillerie lourde, nous continuerons collectivement de réchauffer notre climat chaque fois que nous pesons sur l’accélérateur. Le meilleur des plans verts n’y changera pas grand-chose.