Quand on se compare…

Il est souvent intéressant de mettre les choses en perspectives. Comme le faisait remarquer dans nos pages mercredi le directeur général du District scolaire francophone Nord-Est, Pierre Lavoie, il se fait de bonnes choses dans nos écoles.

Pierre Lavoie a effectué une sortie dans l’Acadie Nouvelle afin de vanter les résultats des élèves du système d’éducation francophone du Nouveau-Brunswick au PISA.

Le PISA? Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’un test réalisé aux trois ans auprès des jeunes âgés de 15 ans au sein de 72 pays.

Au Canada, la situation est particulière. Nous ne disposons pas «d’un» système d’éducation, mais de plusieurs, puisqu’il s’agit d’une compétence provinciale. Les élèves de l’Alberta n’apprennent pas tout à fait la même chose et pas de la même manière que ceux du Québec.

Au Nouveau-Brunswick, il y a deux systèmes différents, basés sur la langue. Étant donné que des élèves des deux réseaux participent au PISA, cela nous permet de nous comparer entre nous, avec les autres provinces ainsi qu’avec le reste de la planète.

Le Canada a bien fait cette année, avec une 7e position en sciences, une 2e position en lecture et une 10e place en maths.

Et l’Acadie? Nos résultats ne sont pas des plus glorieux. Sans surprise, le rattrapage est particulièrement important en compréhension écrite, avec une 28e place. C’est le lot d’élèves qui vivent en milieu minoritaire, dans une mer anglophone.

À titre indicatif, les élèves français ont terminé en 26e position en sciences, ce qui a poussé un important journal, Le Figaro, à titrer: «Les élèves français toujours médiocres».

Comparativement aux autres provinces canadiennes, les élèves francophones du N.-B. arrivent au 8e rang en sciences, au 10e rang en compréhension en lecture et au 5e rang en mathématiques, faisait remarquer récemment le chroniqueur Éducation du journal, Mathieu Lang.

Néanmoins, les résultats sont encourageants. Pierre Lavoie, du district scolaire Nord-Est, les a décortiqués. Ses conclusions sont surprenantes.

Le secteur francophone du Nouveau-Brunswick est celui qui a vu la plus grande amélioration de ses élèves au Canada. On note une amélioration dans les trois matières testées, y compris la lecture.

La bonne nouvelle, c’est que nos dirigeants scolaires prennent la situation au sérieux. Ils font exactement ce qu’ils doivent faire, soit utiliser ces résultats afin de comprendre ce qui fonctionne et identifier où il y a un urgent besoin d’amélioration. L’objectif, après tout, est d’améliorer la qualité de l’apprentissage offert aux élèves.

La mauvaise? Si nous nous améliorons autant, c’est que nous partons de loin.

Notre système scolaire a longtemps traîné de la patte par rapport aux autres provinces. Il faudra encore beaucoup nous améliorer afin de nous targuer de briller par les meilleurs.

M. Lavoie déplore avec raison que ces réussites du système francophone passent plutôt inaperçues. Il attribue cela au fait que les politiciens voient le système d’éducation néo-brunswickois comme un tout. Ils n’aiment pas comparer les deux réseaux.

Nous ajouterons qu’il y a aussi une part d’ignorance dans ce dossier.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Blaine Higgs, répète souvent (en anglais) que le système d’éducation de la province «est brisé». Or, il semble de plus en plus évident que M. Higgs n’a aucune idée de qui se fait de bien ou de mal dans le secteur francophone. Malgré la dualité, il met tous les élèves dans le même paquet, peu importe leur langue.

C’est ainsi que son opposition à la réforme de l’immersion française présentement en cours du côté anglophone contribue à sa vision d’un système «brisé» même si, dans les faits, il n’a toujours pas été capable de dire ce qui ne fonctionne pas (à son avis) dans les écoles acadiennes.

Revenons aux résultats de nos élèves. Le district scolaire francophone Nord-Est peut se targuer d’une progression en mathématiques, longtemps jugé comme une lacune. En 2013, l’ancien directeur général du district, Jean-Guy Levesque avait qualifié les résultats d’inacceptables. «Des choses doivent changer», avait-il déclaré. Le message a été compris. Mais il faut faire encore mieux.

Se comparer au reste du pays et du monde, identifier nos faiblesses et mettre en place des mesures pour que nos élèves s’améliorent. Voilà qui est productif.

Cela ne signifie pas que tout est parfait. Notre taux élevé d’analphabétisme et les défis que nous rencontrons en littératie montrent que nous sommes loin du jour où nous pourrons nous reposer sur nos lauriers.

Néanmoins, les derniers résultats du PISA montre que le gouvernement provincial a choisi la bonne voie en annonçant son intention, lors du dépôt de son plan d’éducation, plus tôt cette année, d’accorder davantage d’autonomie et de flexibilité aux personnes du milieu de l’éducation.

Des initiatives ciblées en fonction des défis des élèves des régions auront toujours plus d’effets qu’un discours alarmiste à l’Assemblée législative.