Travaillez ensemble pour Tracadie

Tout ne tourne pas rond au conseil municipal de Tracadie. Les tensions sont telles que le maire nouvellement élu, Denis Losier, confie avoir songé à remettre sa démission, avant de se raviser. Il est désormais temps pour tous de mettre leurs divergences de côté.

Il n’est pas anormal de voir des conflits au sein d’un conseil municipal. Les élus ne sont pas payés pour estampiller toutes les idées du maire. On s’attend d’eux qu’ils votent selon leur conscience, quitte à parfois piétiner les pieds d’autres élus. Parlez-en aux citoyens de Shippagan, qui ont vu pendant des années le conseiller Rémi Hébert être le caillou dans le soulier de leur conseil municipal.

On a aussi vu dans d’autres municipalités des conflits s’aggraver jusqu’au point de rupture. En 2012, par exemple, les quatre conseillers municipaux de Baker-Brook ont remis leur démission à peine quelques mois après avoir été élu, laissant seule à bord la mairesse Francine Caron. L’année dernière, deux des trois conseillers de Saint-Hilaire ont à leur tour claqué la porte. Le village s’était ainsi retrouvé sous tutelle.

Ce qui se produit ces jours-ci à Tracadie n’a donc rien d’exceptionnel. Comme l’a si bien exprimé dans nos pages le directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, Frédérick Dion, «je ne vois pas une chicane, je vois la démocratie à l’oeuvre».

Il n’est pas simple de savoir exactement ce qui s’est produit pour que le conseil de Tracadie se retrouve soudainement pris dans la tempête.

Une piste de réponse se trouve peut-être dans la personnalité du maire, qui n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pense. Il a non seulement réussi à vaincre le maire sortant de longue date, Aldéoda Losier (lequel compte encore sa part d’alliés dans le conseil actuel), mais il n’a pas hésité à s’attaquer à son héritage.

Denis Losier a jugé pendant la campagne que le projet de créer un centre récréotouristique au coeur de l’ancien champ de tir de Tracadie n’était pas une priorité pour ses électeurs. Il a vertement critiqué le Méga parc commercial, créé dans l’espoir d’attirer des géants comme Costco ou Walmart, mais qui ne compte présentement que quelques locataires. Il a soulevé la controverse en qualifiant à plusieurs reprises le centre-ville de Tracadie de «centre-vide».

En pleine campagne électorale, Denis Losier a porté plainte au directeur général des élections au Nouveau-Brunswick après que le chef pompier du Service d’incendie de Tracadie ait émis une directive interdisant à ses troupes d’afficher leurs couleurs politiques.

Maintenant devenu maire, M. Losier doit maintenant gérer les problèmes de ce même service. Des pompiers se sont plaints de l’environnement de travail et auraient même songé à démissionner en bloc.

Bref, on peut supposer que le conseil était habitué à travailler d’une certaine façon depuis 2008 (quand Aldéoda Losier a été élu maire la première fois) et que certains membres n’ont pas apprécié voir le nouveau patron débarquer avec ses gros sabots.

N’empêche, nous invitons tout ce beau monde à faire preuve d’ouverture et à surtout ne pas oublier un détail important: Denis Losier a l’appui des électeurs. Il a été élu maire en bonne et due forme, avec en prime une bonne majorité. Il a la légitimité d’imposer la vision qui est la sienne.

Il n’a certainement pas à remettre sa démission parce que les choses ne fonctionnent pas comme prévu. Par la transparence dont il a fait preuve pendant les élections municipales, il peut se targuer d’être le candidat du changement. Sauf que pour le moment, il se heurte à son conseil.

Nous croyons qu’il faut laisser la chance au coureur. Denis Losier sera peut-être le meilleur maire de l’histoire de la région, comme il pourrait aussi être le pire. Plus probablement, il se retrouvera quelque part entre ces deux extrêmes.

Il faut le laisser mettre en place sa vision et s’il y a lieu le laisser commettre ses erreurs. S’il ne fait pas l’affaire, les électeurs se chargeront de le lui faire savoir au prochain scrutin.

Qui est le plus à blâmer pour les événements des derniers mois? Pour quelles raisons? Cela importe peu. La nouvelle Ville de Tracadie, avec ses quelque 16 000 citoyens et à titre de principale force économique et commerciale de la Péninsule acadienne, est trop importante pour qu’elle se retrouve paralysée par des conflits au sein même de son conseil.

Les gens de Tracadie se sont dotés d’une grande ville fusionnée afin de s’offrir un élan positif, de faciliter la croissance et de donner à toute la région un exemple de triomphe de l’unité sur les chicanes de clochers. Ne gâchez pas cette réussite. Travaillez ensemble pour que cette vision fonctionne, tant pour Tracadie que pour la Péninsule acadienne.