Facture salée, projet essentiel

 

Nous n’avons pas fini de parler de Mactaquac. Le plus gros barrage hydroélectrique du Nouveau-Brunswick doit être remis à neuf. La facture sera salée. Pourtant, le Nouveau-Brunswick n’a pas vraiment le choix de se lancer dans ce mégaprojet d’infrastructure.

Malgré son importance, le barrage hydroélectrique de Mactaquac, situé tout près de Fredericton, n’est pas si connu des Néo-Brunswickois. Peut-être parce qu’il est fiable et non polluant, il a très rarement fait les manchettes au cours des dernières années.

Gageons que tout cela changera dans les prochains mois. Énergie NB se donne le défi de donner une cure de rajeunissement en profondeur à son barrage aux prises avec un problème de détérioration précoce de ses structures en béton.

Les coûts seront gigantesques. Ils sont pour le moment évalués de 2,9 à 3,6 milliards $. À titre comparatif, la facture de la remise à neuf de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau avait été évaluée à l’origine à 1,4 milliard $. Elle avait finalement coûté environ 1 milliard $ supplémentaire.

C’est donc dire que le projet de Mactaquac sera sans aucun doute plus dispendieux que celui de Pointe Lepreau, qui n’était pourtant pas de la petite bière. Quand on sait que Énergie NB traîne déjà comme un boulet une dette qui dépasse les 5 milliards $, vous comprendrez que nous sommes sceptiques quand les dirigeants nous promettent que la société de la Couronne réduira quand même son taux d’endettement de 90% à 70% et qu’elle limitera ses hausses annuelles de tarifs à environ 2%.

Ces objectifs sont louables, mais semblent pécher par un excès d’optimisme.

Néanmoins, nos doutes sur le financement du projet et leur impact sur le portefeuille des Néo-Brunswickois ne signifient pas que nous nous opposons à cet investissement. Énergie NB a pris dans les circonstances la décision qui s’imposait.

La centrale de Mactaquac est un élément essentiel du réseau électrique de la province. Elle génère 12% de l’électricité produite sur notre territoire. Ce chiffre peut monter jusqu’à 20% en période de pointe. Il s’agit d’une énergie verte et abordable. Fermez Mactaquac et l’impact risque de se faire sentir assez rapidement sur nos factures d’électricité.

Un autre point nous rassure. Énergie NB ne s’aventure pas dans des terres inconnues.

On se souviendra que personne n’avait jamais tenté de remettre une centrale nucléaire à neuf avant que notre société de la Couronne entreprenne ce monumental défi, il y a un peu plus de 10 ans.

Cette fois-ci, le Nouveau-Brunswick ne jouera pas au pionnier. D’autres sociétés énergétiques ont déjà retapé des centrales hydroélectriques par le passé, y compris Hydro-Québec, dans notre cour arrière. L’expertise existe.

Notons aussi que les travaux s’étireront sur une quinzaine d’années. Cela inclut des travaux comme la réparation du béton endommagé et le remplacement de composantes mécaniques et électriques. Ce genre de travaux se planifie mieux que le remplacement de pièces hautement radioactives. Il devrait normalement y avoir moins de surprises.

Enfin, Énergie NB a manifestement fait ses devoirs. La solution retenue, soit la remise à neuf, ne faisait même pas partie des solutions initiales!

En effet, la société de la Couronne avait résumé l’enjeu en expliquant qu’elle pouvait (1) construire une nouvelle centrale, (2) cesser les activités de la centrale en laissant le barrage en place ou (3) enlever toutes les installations et permettre au fleuve de reprendre son débit naturel.

C’est finalement un quatrième scénario qui a été retenu. Après trois ans d’analyses, les experts en sont venus à la conclusion qu’il est possible de remettre à neuf la centrale sans tout reconstruire à partir de zéro et en limitant certaines dépenses. Si les estimations d’Énergie NB sont fiables, cela signifie que nous pourrons économiser collectivement jusqu’à 2 milliards $. Ce n’est pas rien.

La solution la plus simple aurait été de cesser les activités de la centrale. Mais dans un monde de plus en plus conscient de l’impact des gaz à effets de serre sur notre climat, il aurait été illogique pour le Nouveau-Brunswick d’abandonner sa principale source d’énergie propre.

Pour Énergie NB, cela n’a sans doute jamais été une véritable option, même si elle faisait officiellement partie des scénarios à l’étude.

Seule déception: nous aurions aimé que soit étudiée la possibilité de signer une entente d’approvisionnement avec Hydro-Québec. Celle-ci vient de conclure un accord avec l’Ontario, qui achètera pendant sept ans des surplus d’électricité. L’Ontario économisera ainsi 70 millions $ pendant la durée du contrat.

Cela dit, si la vente ratée d’Énergie NB à Hydro-Québec nous a appris quelque chose, en 2009 et en 2010, c’est que les Néo-Brunswickois tiennent à leur indépendance énergétique. Celle-ci a un coût. Il nous est refilé chaque mois par la poste.